1er juillet 1890 | Zanzibar devient protectorat britannique

Le 1er juillet 1890, par le traité d’Helgoland (ou Heligoland), l’Angleterre cède cette île de la mer du Nord à l’Allemagne. En contrepartie, l’Allemagne se voit reconnaître la possession du Tanganyika, sur les bords de l’Océan Indien et renonce à faire obstacle aux visées de Londres sur l’Ouganda, un royaume de la région des Grands Lacs, et sur le sultanat de Zanzibar, un archipel en lisière du Tanganyika.

Insouciant de ce traité entre puissances européennes, le sultan de Zanzibar tente de rejeter le protectorat britannique mais, en représailles, la flotte britannique bombarde son palais le 27 août 1896. Le protectorat britannique sur l’archipel va dès lors se maintenir sans entrave jusqu’à l’indépendance.Un sultanat très convoité
La colonie du Tanganyika sera cédée par l’Allemagne au Royaume-Uni à l’issue de la Première Guerre mondiale et deviendra indépendante le 9 décembre 1961. Le sultanat de Zanzibar attendra le 10 décembre 1963 pour devenir à son tour indépendant. Les deux territoires se sont unis le 26 avril 1964 pour former l’actuelle République unie de Tanzanie.

Située à 30 kilomètres du littoral africain, Zanzibar couvre seulement 1200 km2 mais compte environ un million d’habitants (2010). L’archipel conserve de fait une très grande autonomie. Le Tanganyika s’étend quant à lui sur 945 000 km2 et compte environ 45 millions d’habitants. Le volcan éteint du Kilimandjaro, point culminant de l’Afrique (5892 mètres), et la savane qui l’entoure attirent beaucoup de touristes.

Zanzibar, fenêtre sur l’Océan Indien et la Chine
« La côte des Noirs ». Telle est la signification en arabe du nom de Zanzibar. À partir des VIIe et VIIIe siècles de notre ère, les Arabes commencent en effet à étendre leur empire en direction des côtes orientales de l’Afrique. Au Xe siècle, des Persans venus de Chiraz s’installent à Mombassa, sur la côte africaine, et aux Comores. Ils s’emparent également de l’île de Zanzibar et de sa voisine, l’île de Pemba.

Jusqu’au XVe siècle, les Arabes règnent en maîtres tout au long du littoral est-africain. La côte orientale de l’Afrique commerce alors avec la péninsule arabique mais aussi avec la Chine. C’est l’époque où les empereurs Ming lancent de puissantes flottes à travers l’Océan Indien et jusqu’en Afrique.

Du Yémen au Mozambique s’étend un vaste réseau de relations culturelles et commerciales, au cœur duquel se trouve Zanzibar. En témoigne aujourd’hui encore la langue swahilie, parlée notamment au Kenya et en Tanzanie et qui mêle langues locales bantoues et arabe.

La prospérité des ports arabo-swahili s’appuie en partie sur le royaume du « Grand Zimbabwe », à l’intérieur des terres, et ses importantes mines d’or.

En 1503, les Portugais brouillent la donne. Ils s’emparent de Zanzibar et de quelques autres ports swahilis de la côte africaine pour sécuriser la route maritime qui leur permet de commercer avec les Indes, par le cap de Bonne Espérance. En 1698, les Arabes parviennent à leur reprendre l’archipel comme ils leur ont repris un peu plus tôt le détroit d’Ormuz, à l’entrée du Golfe Persique.

Zanzibar, plateforme arabe de la traite négrière
Exit les Portugais. Zanzibar tombe dans le giron de Mascate-et-Oman. En 1832, le sultan Seyyid Saïd transfère sa capitale sur l’île. Il développe le port et incite des commerçants indiens et européens à s’y installer. Il introduit également la culture du clou de girofle sur l’île. Comme celle-ci nécessite une main-d’œuvre nombreuse, il s’ensuit l’intensification de la traite d’esclaves.

Zanzibar devient le plus important marché d’esclaves du monde musulman et même du monde tout court, les Occidentaux ayant de leur côté renoncé à la traite.

Les esclaves sont transportés depuis le continent sur des boutres (voiliers arabes) où sont parqués jusqu’à 200 hommes accroupis. Certains arrivent de Madagascar, d’autres de la côte africaine au sud de Zanzibar ou de la région du Malawi actuel. Des métis arabo-africains servent d’intermédiaires aux marchands d’esclaves.

Entre 1830 et 1850, à l’apogée de la traite zanzibarite, 20 000 départs d’esclaves sont enregistrés chaque année, chiffre auquel il faut ajouter plus de 10 000 ventes clandestines. Ormuz et Aden figurent parmi les destinations des esclaves noirs.

En 1856, Zanzibar obtient son indépendance d’Oman, grâce à l’intercession pas tout à fait désintéressée de la Grande-Bretagne.

Pour détourner l’attention des Européens de passage du trafic d’esclaves, le nouveau sultan, Bargache, déplace sa capitale sur le continent, à l’intérieur des terres, à Dar-es-Salam (actuelle capitale de la Tanzanie).

Le trafic d’esclaves et d’ivoire à destination de la péninsule arabe prend une ampleur sans précédent, sous l’impulsion d’un célèbre trafiquant local, Tippou Tip (ou Tippu Tip). Le journaliste et explorateur Henry Morton Stanley, qui s’y connaît en matière de crapulerie, dresse de lui un portrait des plus flatteurs : « C’est l’homme le plus remarquable que j’aie jamais rencontré parmi les Arabes, les Swahilis et les métis d’Afrique ». À sa mort, en 1905, à 65 ans, le négrier aura les honneurs du Times.

Vers le protectorat
En 1873, enfin, Londres fait fermer le marché aux esclaves après avoir imposé un embargo à l’île.

Zanzibar sert de base de départ à des explorateurs britanniques tels Livingstone et Speke, qui se lancent dans l’exploration de la région des Grands Lacs et à la recherche des sources du Nil.

Comme avant eux les Perses, les Arabes et les Portugais, les Britanniques réalisent bientôt l’intérêt stratégique de l’île.

Quand ils s’en emparent, à la fin du XIXe siècle, par le traité d’Héligoland, c’est en vue de réaliser le rêve de Cecil Rhodes d’une domination anglaise du Caire au Cap. Cette domination se concrétisera après la Première Guerre mondiale, avec l’annexion du Tanganyika allemand, pendant quelques années seulement…

 

Par Béatrice Roman-Amat article d’abord publié sur Herodote.net

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