1928 | Afrique du sud: Génocide des Hottentots

Les Khoïkhoïs ou Khoï dits Hottentots sont un peuple pastoral d’Afrique australe. Ils se dénomment eux-mêmes ainsi (littéralement « hommes des hommes ») par opposition à leurs voisins chasseurs-cueilleurs Bochimans, qu’ils nomment Sankhoï.

C’est sans doute en raison des clics (claquements de langue) caractéristiques des langues khoïsan que les Afrikaners qui parlaient néerlandais, ont affublés les Khoïkhoïs du sobriquet de « Hottentots », terme évoquant ce qui était perçu comme un bégaiement.

La femme Khoïkhoï la plus connue est Saartjie Baartman, surnommée la Vénus hottentote et exhibée comme une curiosité.

“En 1928, le général Smuts, un des fondateurs même de la Société des Nations et principal architecte du système des mandats (qui servait à maintenir un néo-colonialisme), approuva le bombardement des Bondelswarts, une tribu sans défense de l’Afrique du sud-ouest, l’ancienne colonie allemande que la Société des Nations avait confiée au gouvernement de l’Afrique du sud comme territoire sous mandat.

On pourrait résumer ainsi l’histoire de ce massacre : Les Hottentots Bondel étaient une tribu miséreuse qui habitait une réserve située dans la partie sud du territoire. Ils ne virent aucun avantage à travailler pour les fermiers blancs de la localité. Une loi, votée selon la déclaration de l’administrateur, pour forcer les indigènes à travailler, imposa une taxe prohibitive sur les chiens de chasse, du gibier desquels les Hottentots tiraient leurs moyens de subsistance. Ils étaient déjà le plus mal possible avec la police locale, et une friction ouverte se produisit lorsqu’un notable indigène, un certain Abraham Morris, rentra de bonne foi, mais sans autorisation, de la colonie du Cap, et fut convoqué pour être arrêté. Les Hottentots refusèrent de livrer Morris et, croyant que les menaces de la police signifiaient que les Blancs avaient l’intention de les détruire, entrèrent en campament avec rempart de chars à boeufs sur une colline couverte de rochers à un endroit appelé Guruchas. A ce moment, la peur d’une “guerre indigène” circulait vigoureusment dans tout le pays ; la population blanche fut terrifiée. (…) M. Hofmeyer, administrateur du territoire, arriva, rassembla des volontaires parmi les Blancs, et envoya chercher des avions de l’aérodrome le plus proche. Ses forces encerclèrent la colline où les Bondels campainet avec leurs femmes et leurs enfants. La colline fut bombardée par des avions, de trois heures jusqu’à la tombée de la nuit. Pendant la nuit, un groupe de ces Hottentots qu’avait complètement démoralisé cette nouvelle et terrifiante d’attaque, s’achappa du camp. Ils furent capturés dans la suite et complètement vaincus.”

Ce massacre est lié à la politique démagogique et raciste de Smuts pour répondre au soulèvement ouvrier qui a lieu à l’époque des années 1920 avec une montée du parti communiste sud-africain dans la classe ouvrière et les milieux populaires.

En 1922, une grève générale à l’instigation des mineurs afrikaners et du parti communiste est déclenchée dans tout le pays. Aux revendications sociales s’ajoutèrent des revendications nationalistes et anticapitalistes initiées par les communistes blancs. Des émeutes éclatent contre la police venue évacuer les mines occupées par les mineurs ; une répression sanglante sur l’initiative de Smuts met fin en une semaine à leur rébellion. La répression est particulièrement sévère contre les communistes dont la hiérarchie blanche fut décapitée.

En 1922, les mineurs afrikaners du Witwatersrand se mettent en grève. Les ouvriers sont soutenus par les travaillistes et le tout jeune parti communiste d’Afrique du Sud. Le conflit commence dans les mines de charbon puis s’étend à tout le bassin minier du Rand, regroupant 20 000 travailleurs blancs. Des soviets sont proclamés et la grève générale déclenchée le 6 mars 1922. La grève tourne à l’insurrection. Pendant 5 jours les combats font rages dans les quartiers ouvriers du rand pilonnés par l’aviation sur ordre du premier ministre Jan Smuts. Le mouvement est brisé dans le sang (214 tués dont 76 grévistes, 78 soldats, 30 africains tués par les grévistes) et 5 000 mineurs sont emprisonnés. C’est en chantant un hymne communiste que 4 des 18 condamnés à morts furent exécutés.

L’échec du mouvement ouvrier conduit à une mobilisation insolite rassemblant travaillistes, socialistes et communistes derrière les nationalistes du parti national de James Barry Hertzog qui remportent les élections générales de 1924 .

Dès lors, les gouvernements d’inspiration nationaliste s’attachent à développer et protéger la communauté afrikaner, érodant la tradition libérale du Cap alors que dans les années 1930, l’aile extrême du nationalisme subit fortement l’influence du nazisme.

 

De George Padmore rapporte dans “Panafricanisme et communisme”

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