15 Mars 1966 | Castor Osende Afana assassiné dans le maquis de la Boumba Ngoko au Cameroun

Castor OSENDE AFANA voit le jour dans la petite localité Nkogksaa, département de la Lékié en 1930. Très tôt, il rejoint la capitale Yaoundé. Ses idées progressistes frondeuses et de résistance germent au lycée général Leclerc de Yaoundé au Cameroun, établissement dans lequel il décide de se séparer de son prénom « Castor », en exigeant des autorités de ne plus lui destiner de littérature comprenant ce nom, pour quelque raison que ce soit. Il va jusqu’à en vouloir à son père et à l’église catholique, de non seulement de lui donner un prénom non africain, mais en plus, qui renvoie à l’appellation d’un animal rongeur.

En 1952, il est un des meneurs de la grève des élèves noirs du lycée qui revendiquent une amélioration de leurs conditions de vie à l’internat. Déjà proche des idées de l’UPC -Union des Populations du Cameroun, principal parti revendiquant l’indépendance- il donnera sa véritable dimension et son leadership en France où il poursuit ses études à Toulouse, puis à Paris.

A Toulouse, il se retrouve dans le même comité de base de l’UPC que Paul Tessa, Augustin Frédérik Kodock, Jacques Roger Booh Booh… Il adhère à l’UNEK (Union Nationale des Etudiants Kamerunais) section de la FEANF (Fédération des Etudiants d’Afrique noire de France) ; dans cette structure, il fait la connaissance d’autres étudiants progressistes, notamment le guinéen Alpha Condé, le congolais Pascal Lissouba, l’ivoirien Henri Konan Bédié et bien d’autres. Au sein de ce moule où se distingue l’essentiel de la crème africaine estudiantine, il anime le journal de la FEANF et fait partie du Comité d’accueil qui gère les publications de l’UPC en France, notamment la voix du Kamerun, et surtout l’organisation des voyages de tous les cadres politiques du mouvement de l’UPC de passage en Europe en général. C’est ainsi qu’il se fait remarquer par le président Félix Roland Moumié, qui en fait un de ses proches collaborateurs très écouté. A ce titre, il est régulièrement reçu par des chefs d’Etat progressistes africains.

Parallèlement à son action militante, il mène de brillantes études qui aboutissent à l’obtention d’un doctorat d’Etat en économie, le premier en Afrique noire. Débordant d’énergie, il publie un best seller dont le titre « l’Economie Ouest africaine » où il affirme qu’il n’y a pas de véritable indépendance sans indépendance monétaire. Il milite ainsi pour une monnaie africaine qu’il baptise Afrik. Son livre a été traduit en plusieurs langues internationales et souvent cité en référence dans les hautes sphères de l’économie mondiale.

Très grand admirateur de Ché Guevarra, au cours d’une réunion à Paris, il déclare que la théorie ne vaut rien sans la pratique. C’est à cette occasion qu’il informe ses camarades qu’il est sur le point de rejoindre son pays le Cameroun, pour apporter sa contribution à la lutte de libération aux côté d’Ernest Ouandié alors Vice président de l’UPC. Avant cette décision, il prend langue avec le mouvement maoiste chinois qu’il informe de sa nouvelle orientation de sa lutte.

Aux côtés d’Ernest Ouandie, il crée le Comité révolutionnaire, dont Ernest Ouandié est président ; comme autres membres quelques jeunes cadres nouvellement sortis d’universités occidentales, parmi lesquels Woungly Massaga –Docteur en mathématiques-, Docteur Ndongo Diyè –médecin-, Maître Michel Ndoh –avocat- Njawé Nicanor, Tchaptchet et le Vice président Abel Kingué ; il choisit la lutte armée dans le maquis camerounais où il était chargé du Deuxième front à l’est du pays, pendant que Woungly Massaga dirigeait le Premier front à Djoum au sud du Cameroun. Le Congo est sa base arrière. Son maquis est repéré au mois de février 1966 ; le Président Ahmadou Ahidjo exige formellement qu’Ossendé Afana lui soit ramené à Yaoundé vivant ou mort, sachant que la seule indication précise sur sa description est qu’il porte des lunettes et qu’en grand admirateur de Um Nyobè, il mettait les mêmes patogas pour parcourir la forêt. Les conditions de son assassinat le 15 mars 1966 à l’âge de 36 ans, pas loin de la frontière congolaise restent troubles, mais les témoignages s’accordent à reconnaître une impréparation possible du front et des trahisons certaines.

Source: Cinquantenaires-Cameroun.org

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