La deuxième guerre mondiale était-elle un combat des démocraties contre le fascisme ?

Toutes les déclarations actuelles des gouvernants et de tous les partis bourgeois, réformistes et staliniens y compris de tous les syndicats, le rappellent, comme toutes les cérémonies militaires, des USA à la Russie en passant par l’Europe, le monde actuel est fondé sur le grand mensonge de la deuxième guerre mondiale présentée comme une lutte libératrice des peuples contre le fascisme : d’un côté les puissances capitalistes occidentales (USA, Angleterre et empire anglais, la bourgeoisie coloniale étant présentée comme exemple de démocratie…) alliées à la bureaucratie du Kremlin (drôle de démocratie qui écrase déjà toute organisation indépendante du prolétariat et qui vient de contribuer à lancer le monde dans la guerre en s’unissant d’abord avec l’Allemagne fasciste pour dépecer la Pologne et y écraser notamment les Juifs), deux camps censés représenter la démocratie… De l’autre, les fascismes (Allemagne et Japon mais aussi Italie, Espagne, France vichyste, etc.) Le capitalisme occidental se serait donc mobilisé pour défendre les peuples. Il n’est pas de mensonge aussi éhonté. Les mouvements stalinien et social-démocrate comme les bureaucraties syndicales se sont faites les défenseurs jusqu’à nos jours de cet odieux baratin de défense des buts guerriers impérialistes.

En fait, la bourgeoisie mondiale, pas seulement celle des pays fascistes, a toujours fait le choix du fascisme (et de la guerre) face à la menace prolétarienne. C’est cette dernière qu’il s’agit d’éradiquer dans le fascisme. Ce n’est pas la démocratie bourgeoise mais la démocratie ouvrière qu’il faut assassiner. Ce n’est pas un quelconque fanatisme qui y pousse les gouvernants et la bourgeoisie. C’est une nécessité de classe. C’est ou la bourgeoisie ou le prolétariat, sous la forme : ou le fascisme ou le communisme !

La bourgeoisie mondiale risquait d’autant moins de combattre (militairement ou politiquement) le fascisme que celui-ci n’est parvenu au pouvoir que dans des situations où la seule alternative était la révolution prolétarienne ! Face à la crise du système, parvenue à un état critique dans un pays, la bourgeoisie n’a d’autre choix que de détruire tout droit démocratique pour le prolétariat, y compris toute forme d’organisation réformiste, politique ou syndicale. La terreur contre les masses prolétariennes violemment écrasées, c’est cela que le fascisme permet.

La guerre elle-même n’a pas d’autre but. Les pays en guerre n’ont plus rien de démocratique. Le mouvement ouvrier y est entièrement soumis aux classes dirigeantes, sous prétexte de défense de la patrie, de nécessités de l’industrie d’armement ou de défaitisme considéré comme une trahison.

La guerre mondiale n’est pas causée par la nécessité de lutter contre le fascisme. Elle est, tout comme le fascisme, un produit de la crise de la domination capitaliste, suite à la crise économique mondiale de 1929, à un moment où les classes dirigeantes estiment qu’il est plus sûr d’attaquer que d’attendre la prochaine montée révolutionnaire.

La guerre, le fascisme, les dictatures militaires sont des réponses bourgeoises à une situation où les classes dirigeantes s’estiment trop faibles pour gouverner de manière classique, en s’appuyant sur le réformisme, en s’appuyant sur la petite bourgeoisie et sur une fraction plus aisée du prolétariat.

La terreur blanche, le massacre, la guerre, le fascisme sont des manières d’écraser la classe laborieuse. Les classes dirigeantes ont, bien avant le capitalisme, utilisé ce type de méthodes, y compris celles consistant à mobiliser certains milieux populaires ou paupérisés en masse contre la révolution sociale. La noblesse en avait fait autant avec les paysans vendéens et bretons ou le tsarisme avec les paysans cosaques.

Dans la lutte entre la féodalité et la bourgeoisie, les féodaux ont plusieurs fois mobilisés des milieux populaires paupérisés et affolés contre le camp révolutionnaire, comme la noblesse et la royauté a utilisé les parisiens pauvres et catholiques contre les protestants lors de la Saint-Barthélemy.

On peut citer parmi les exploits barbares des régimes féodaux, utilisant des méthodes fascistes contre les mouvements révolutionnaires dirigés par la bourgeoisie : le massacre du peuple chinois des années 184 à 192 (révolution des Turbans jaunes), le massacre des Protestants de la Saint-Barthélemy, à partir du 24 août 1572 (voir ici), la « terreur blanche » contre la révolution française (voir icivoir làIci aussiEncore là), et ici aussi)), le massacre des Arméniens et des Assyro-Chaldéens par l’Empire Ottoman (voir ici).

La bourgeoisie capitaliste n’a fait que reprendre les méthodes de la terreur contre-révolutionnaire et du fascisme : le bonapartisme du coup d’Etat de 1851 (voir ici), les massacres contre les révolutions ouvrières de 1848 et 1871 (voir ici, les massacres de l’empire colonial dont celui de l’insurrection des Boers d’Afrique du sud (voir ici), et l’ensemble des crimes des bourgeoisies occidentales contre les révolution des peuples colonisés et opprimés (voir ici), etc.

Voici un exemple de contre-révolution du colonialisme français au Vietnam : ici

On comprend, du coup, que la bourgeoisie impérialiste, qui se dit démocratique, n’a jamais renoncé à l’arme du fascisme, pas plus que du massacre, de la guerre civile et même du génocide contre la classe ouvrière : la terreur blanche en Russie (voir iciet aussi ici), en Finlande (voir ici), en Hongrie (voir ici), dans les fascismes italien (voir ici), allemand (voir ici) et espagnol (voir ici).

Le fascisme n’est pas un phénomène ancien, dépassé, qui n’était lié qu’à la situation de la fin des années trente. Il est faux de dire que maintenant les peuples sont assez conscients pour ne pas retomber dans cette erreur. Car, du côté des classes dirigeantes, ce n’était pas une erreur et c’était même une nécessité de classe.

C’est bel et bien pour détruire le mouvement ouvrier que les bourgeoisies se sont tournées vers le fascisme et, après la deuxième guerre mondiale, elles n’y ont pas renoncé (voir ici).

On a vu dans la période récente que la bourgeoisie est très loin d’avoir abandonné le fascisme comme politique pour écraser le mouvement ouvrier : on l’a vu au Chili (voir ici), on l’a vu en Grèce (voir ici), on l’a vu au Rwanda (voir ici), on l’a vu en Algérie (voir ici), on l’a vu avec Al Qaïda fondé par les USA (voir ici), etc…

Jamais la bourgeoisie n’a choisi, même dans les périodes calmes, de se débarrasser des fascistes car elle sait qu’elle peut en avoir besoin, y compris dans les pays riches dits démocratiques. On le voit par exemple en ce moment en Grèce ou en Italie. Elle n’a aucune réticence à utiliser des forces supplétives d’assassins dans ses interventions militaires contre les peuples révoltés d’Afrique et du Moyen Orient. Elle n’a pas plus de réticence à les utiliser contre les peuples révoltés des pays riches, si cela s’avère nécessaire du fait de la crise mondiale et de la déstabilisation qu’elle engendre.

Dans la crise politique et sociale qui a suivi la crise mondiale de 1929, il en a été de même. La bourgeoisie mondiale a accueilli avec un soulagement immense et même pas caché la victoire d’Hitler contre la révolution communiste en Allemagne. Ce n’est pas par sympathie que la bourgeoisie allemande avait choisi Hitler et il en va de même de la bourgeoisie mondiale. C’était une nécessité pour en finir avec le plus grand danger pour sa domination : le risque que le prolétariat allemand s’unisse au prolétariat russe, rompe l’isolement de ce dernier, remette en question la bureaucratisation en redonnant espoir et force aux prolétaires russes. La bourgeoisie mondiale avait accueilli aussi avec soulagement la victoire de Mussolini onze ans avant contre la révolution communiste italienne.

Elle a encore accueilli avec soulagement la victoire de Franco contre la révolution communiste espagnole. Les forces bourgeoises démocratiques et staliniennes ont été un auxiliaire puissant de Franco tout comme les mêmes forces avaient été des auxiliaires puissants de la victoire fasciste en Italie et en Allemagne. Mais là comme au Japon, ce sont les classes dirigeantes qui avaient basculé le pays dans le fascisme et elles ne l’avaient pas fait par hasard ou par folie mais par un choix délibéré lié à des intérêts clairs de classe.

A ce moment, aucune nation bourgeoisie n’avait levé le petit doigt pour s’opposer à la montée fasciste. Si Hitler a envoyé ses avions bombarder l’Espagne républicaine, les pays démocratiques n’ont pas envoyé un soldat et la Russie n’en a envoyé que pour mieux détourner la révolution et assassiner les révolutionnaires.

Et pour cause : lutter contre le fascisme signifie soulever les peuples de manière révolutionnaire et ce n’est pas ces nations exploiteuses du monde, oppresseuses de la planète entière qui allaient appeler les peuples à se soulever !!! Ce n’est pas les USA génocidaires des Indiens et écrasant les Noirs et les travailleurs, ainsi que les peuples d’Amérique latine, qui allaient combattre le fascisme, eux qui conservaient précieusement toutes leurs ligues nazies et autre Ku Klux Klan. Ce n’est pas l’impérialisme britannique qui massacrait notamment en Inde qui allait soulever les peuples contre les méthodes fascistes ! Le stalinisme qui ne devait son existence qu’au retard de la révolution mondiale était le pire ennemi de tout soulèvement révolutionnaire et les bourgeoisies menacées depuis la crise mondiale ne l’étaient pas moins…

Le fascisme et la guerre mondiale allaient donner des milliers de preuves que l’opposition entre démocratie bourgeoise et fascisme n’a rien d’une opposition diamétrale. Le camp dit démocratique allait des milliers de fois utiliser des méthodes fascistes comme de raser des villes entières aux bombes incendiaires. Il n’allait pas, durant toute la guerre, dénoncer les méthodes d’extermination des nazis mais aussi du stalinisme, devenu principal allié, méthodes d’extermination qui avaient commencé en Pologne, avant même que se déclenche la guerre. Jamais les Alliés n’allaient se rappeler que la Russie stalinienne avait pris part au massacre des Juifs de Pologne ! Jamais au cours de la guerre, ils n’allaient non plus se rappeler que le régime stalinien était tout aussi fasciste (destruction de tout mouvement ouvrier libre) en Russie elle-même !

Le premier soulèvement d’un peuple contre un pouvoir fasciste a eu lieu en Italie et la réaction des Alliés a été très caractéristique : ils ont bombardé la population des villes soulevées contre Mussolini en 1943 !!! Et ils ont essayé de s’entendre avec les dirigeants mussoliniens pour s’appuyer sur une partie du régime fasciste… voir ici

Face à toute situation révolutionnaire, les Alliés étaient d’abord alliés au fascisme !

Ils n’ont jamais dénoncé le massacre des Juifs d’Europe de l’Est parce que ce massacre fasciste avait un but : détruire une situation révolutionnaire critique de cette région due au risque d’union des travailleurs et des Juifs, situation qui s’était produite dans la vague révolutionnaire en 1917-1923. (voir ici

La bourgeoisie et les staliniens n’ont soutenu aucun soulèvement contre le nazisme, pas plus celui des Juifs voir ici et aussi là que des Polonais ou d’autres encore et ils se sont même gardés de diffuser des informations sur eux.

De nombreux événements ont démontré que les Alliés étaient prêts à pactiser avec les fascistes. Non seulement, ils avaient attendu 1939 pour s’attaquer à Hitler qui, rappelons-le, venu au pouvoir en 1933, n’avait aucune armée encore deux ans après. Non seulement, ils avaient laissé celui-ci s’emparer de l’Autriche et de la Pologne mais les USA ont attendu bien plus longtemps pour faire leur prétendue « guerre aux fascismes » : septembre1941 contre l’Allemagne et décembre 1941 contre le Japon.

Durant la guerre, les actes fascistes des Alliés n’ont pas manqué et ce n’est pas seulement les bombardements de Hiroshima et Nagasaki ou de Dresde, Hambourg et Berlin. voir ici

Les Américains ont récupéré des nazis allemands qu’ils ont intégrés à leur appareil d’Etat ou à celui de leurs dépendances sud-américaines…

Quand ils ont créé des camps de soldats allemands prisonniers aux USA, ils ont donné la direction de ceux-ci aux anciens nazis. Voir le livre de Costelle, « Les prisonniers »

En Grèce, ils ont remis en place les fascistes contre l’insurrection communiste : voir ici

En Espagne, ils ont laissé en place Franco et l’empereur du Japon y est resté lui aussi. Le fascisme portugais a lui aussi été sauvegardé.

La nuit des longs couteaux en Allemagne avait bien montré que, si les masses petites bourgeoises fanatisées dans les sections d’assaut y avaient servi contre le prolétariat, elles n’étaient nullement arrivées au pouvoir et que c’est la grande bourgeoisie capitaliste qui avait tiré les marrons du feu. Voir ici et 

Conclusions :

1°) Le fascisme, le bras droit de la bourgeoisie dont la démocratie n’est que le bras gauche, est un danger permanent dans la société bourgeoise du fait de la crise de la domination de la bourgeoisie débutée en 2007. Car c’est en période de crise systémique que la bourgeoisie peut faire appel au fascisme.

2°) En effet, le fascisme, ce n’est pas seulement des petits groupes ou grands groupes nazis, c’est une politique des classes dirigeantes dans les périodes où la crise de la société bourgeoise entraîne des risques révolutionnaires prolétariens. 3°) En ce sens, le fascisme est inséparable de la société bourgeoise. Il est, avec la démocratie bourgeoise, l’autre face de la même pièce. On ne peut combattre résolument le fascisme qu’en combattant pour en finir avec la domination de la bourgeoisie. On ne peut pas compter sur la démocratie bourgeoise et ses institutions pour combattre le fascisme. Les partis démocratiques bourgeois, inéluctablement liés aux intérêts de la bourgeoisie, sont incapables d’éradiquer ce qui est l’une de ses solutions en cas de crise.

4°) Le fascisme est un changement radical par rapport au choix classique de la bourgeoisie, hors des crises graves, et qui se caractérise d’abord par la décision de détruire les organisations de collaboration de classe de la classe ouvrière : syndicats, associations et partis. C’est la montée de la menace révolutionnaire du prolétariat qui amène la classe bourgeoise et ses représentant à la tête de l’Etat bourgeois à prendre une telle décision.

5°) Le fascisme n’est pas une rupture avec la bourgeoisie, ni dans Etat, ni avec ses méthodes de classe. Il est au contraire la continuité de la domination de la bourgeoisie et de la défense de ses intérêts. C’est la situation économique, sociale et politique qui a changé. Ce n’est pas le produit de partis méchants, violents, dangereux mais de la nécessité de maintenir la domination de la bourgeoisie quand les masses risquant d’entrer en mouvement, la classe dirigeante a besoin de dépasser les moyens classiques de répression pour aller piocher dans le lumpen prolétariat, dans les couches arriérées aussi de la petite bourgeoisie apeurée par la crise et même dans certaines couches pourries de la classe ouvrière ou de ses chômeurs, ou encore de la jeunesse, afin de les mobiliser contre les travailleurs et les organisations qui y sont plus ou moins liées.

6°) Les classes dirigeantes se garderont toujours de se débarrasser de leurs fascistes car, en période de crise grave, ils peuvent en avoir besoin. C’est une preuve que les classes dirigeantes conservent toujours à l’esprit le danger révolutionnaire du prolétariat, même quand les prolétaires eux-mêmes ont oublié qu’ils appartiennent à une classe révolutionnaire ou même ont oublié qu’ils sont des prolétaires !

7°) Le premier danger, dans cette situation, provient d’abord des organisations prétendument réformistes. Ce sont elles qui, en muselant l’élan de lutte des travailleurs, lui brisent les reins, étouffent la révolution, la détournent, la calment et permettent ensuite aux fascistes et aux forces de répression de détruire la classe ouvrière. En pleine mobilisation massive des travailleurs, les tentatives fascistes n’ont d’autre effet que de faire monter la révolution. Quand les dirigeants réformistes ont pu diriger les luttes vers le mur, c’est là que viennent les risques fascistes.

 

par Robert Paris

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