Colonialisme en Afrique : génocide, camps d’internement et camps de la mort, des inventions du capitalisme, anglais, allemand, hollandais, belge et français

Dachau ? Buchenwald ? Non, c’est une image quotidienne du camp de concentration britannique de Bloemfontein en Afrique du Sud durant la guerre contre les Boers

Ce sont les grandes puissances occidentales qui, avant la deuxième guerre mondiale et même avant la première, avaient montré qu’elles ne rechignaient pas à employer l’horreur de masse pour arriver à leur fin : la soumission des peuples. Les grands assassins cités ici s’appellent Von Trotta et Smuts.

Le massacre des Boers par l’armée anglaise

Le colonialisme anglais contestait la possession de l’Afrique du sud, à la fois aux autochtones hottentots et aux colons boers flamands. Il a employé des moyens barbares pour arriver à ses fins. La “guerre des boers” est certainement un des sommets de la barbarie capitaliste. La guerre fut déclarée le 11 octobre 1899, et les Boers attaquèrent les premiers en envahissant la Colonie du Cap et la Colonie du Natal entre octobre 1899 et janvier 1900. À la mi-décembre, au cours d’une période connue sous le nom de Semaine noire, du 10 au 15 décembre 1899, les Britanniques subirent de nombreuses pertes à Magersfontein, Stormberg et Colenso.

Après encore une nouvelle défaite dans leur tentative de briser le siège de Ladysmith lors de la bataille de Spion Kop, les troupes britanniques, commandées par Lord Roberts ne reprirent l’initiative qu’avec l’arrivée de renforts le 4 février 1900.

Après la levée du siège de Mafeking le 18 mai, qui fut à l’origine de célébrations au Royaume-Uni qui débouchèrent sur des émeutes, les Britanniques parvinrent à forcer la reddition du Général Piet Cronje et de 4 000 de ses combattants, et à affaiblir le reste des troupes boers. Ils avancèrent alors au cœur des deux républiques, prenant la capitale de l’État libre d’Orange, Bloemfontein le 13 mars et la capitale du Transvaal, Pretoria, le 5 juin.

De nombreux observateurs britanniques pensaient la guerre terminée après la capture des deux capitales. Mais les Boers se réunirent en une nouvelle capitale, Kroonstad, et mirent sur pied une campagne de guérilla pour attaquer les lignes de communication et de ravitaillement britanniques.

Le nouveau dirigeant de l’armée britannique, Lord Kitchener, réagit en construisant des postes fortifiés, des petites constructions de pierre entourées de fils barbelés, afin de réduire les mouvements des groupes de guérilla en de petites zones où ils pouvaient être battus. Les postes fortifiés permirent de réduire les mouvements des guérillas, mais ne pouvaient à eux seuls les battre. Kitchener forma de nouveaux régiments de troupes irrégulières de cavalerie légère, y compris des carabiniers Bushveldt, qui parcoururent les territoires contrôlés par les Boers, traquant les groupes de combattants. En mars, il adopta une stratégie de la terre brûlée et se mit à vider les campagnes de tout ce qui pouvait être utile aux guérillas boers. Cette stratégie mena à la destruction d’environ 30 000 fermes et une quarantaine de petites villes. En tout, 116 572 Boers furent envoyés dans des camps de concentration, soit à peu près un quart de la population, auxquels s’ajoutaient encore quelque 120 000 Africains noirs. Il y eut au total 45 camps de tentes construits pour enfermer ces civils ainsi que 64 autres pour les noirs (garçons de fermes, bergers, etc.) qui avaient vécu auprès des Boers.

Les camps de Boers abritaient essentiellement des personnes âgées, des femmes et des enfants pour un total d’environ 120 000 personnes. 25 630 d’entre eux furent déportés à l’étranger.

Lizzie Van Zyl, enfant boer internée et morte dans le camp de concentration de BloemfonteinLes conditions de vie dans ces camps étaient particulièrement insalubres et les rations alimentaires réduites. Combinée avec des manques en matériel et fournitures médicales, la situation provoqua de nombreux décès — un rapport postérieur à la guerre estima à 27 927 le nombre de Boers morts (desquels 22 074 enfants de moins de 16 ans) et 14 154 noirs, morts de famine, de maladies et d’exposition au soleil. En tout, environ 25 % des Boers et 12 % des noirs moururent (des recherches récentes suggèrent une sous-estimation des pertes africaines, qui se monteraient en fait à environ 20 000 victimes).

En tout, la seconde guerre des Boers coûta environ 75 000 vies — 22 000 soldats britanniques (7 792 au cours d’affrontements, le reste de maladies comme la typhoïde, 4 000 à 7 000 soldats boers, 20 000 à 28 000 civils boers et sans doute 20 000 Noirs.

Les derniers Boers se rendirent en mai 1902 et la guerre se termina officiellement avec le Traité de Vereeniging le même mois. Quant au massacre des Hereros et Hottentos, respectivement par les troupes allemandes et boers, il a été qualifié à juste titre de génocide.

Les Hottentots, Hereros, Ovambos et Namas, ont résisté à la colonisation anglaise, allemande, boer et sud-africaine à la fin du 19ème siècle et au début du 20ème siècle.

Le massacre des Hereros par les Allemands

Le 12 janvier 1904, éclate la révolte des Hereros. Un groupe de guerriers conduit par le chef Samuel Maharero attaque les colons du poste d’Okahandja. En trois jours de sang et de fureur, près de deux cents civils allemands sont massacrés.

La riposte allemande est terrible.

L’empereur Guillaume II limoge le gouverneur Theodor Leutwein pour lui substituer un homme résolu, le général Lothar Von Trotha. Il a mission de chasser les Hereros du territoire ou de les exterminer.

Le 11 août 1904, les troupes allemandes conduites par Lothar von Trotha encerclent 7500 Hereros et leur chef Maharero sur le plateau de Waterberg. Leurs armes puissantes ont facilement raison des assiégés. Les survivants sont chassés vers le désert d’Omeheke (l’actuel désert de Khalahari) [3].

prisonniers hereros enchaînés Pour ceux qui survécurent, esclavage et camps. Des milliers de femmes Hereros furent transformées en femmes de réconfort pour les troupes coloniales allemandes.

Le 2 octobre, un ordre du jour de Von Trotha enlève aux Hereros tout espoir de retour. Cet ordre d’extermination (Vernichtungsbefehl) est ainsi rédigé :

“Le général des troupes allemandes [en Namibie] envoie cette lettre au peuple Herero.

Les Hereros ne sont dorénavant plus sujets allemands […] Tous les Hereros doivent partir ou mourir. S’ils n’acceptent pas, ils y seront contraints par les armes. Tout Herero aperçu à l’intérieur des frontières [namibiennes] avec ou sans arme, sera exécuté. Femmes et enfants seront reconduits hors d’ici – ou seront fusillés […] Nous ne ferons pas de prisonnier mâle ; ils seront fusillés.

Telle est ma décision prise pour le peuple Herero”

Signé : le grand général du tout puissant Kaiser [Guillaume II], Lieutenant général Lothar Von Trotha. le 2 octobre 1904

Le 11 décembre de la même année, le chancelier allemand Bülow ordonne d’enfermer les Hereros survivants dans des camps de travail forcé – des Konzentrationslagern- et, peu après, les dernières terres indigènes sont confisquées et mises à la disposition des colons allemands.

Au cours des trois années qui suivent, des dizaines de milliers de Hereros succombent à la répression, aux combats, à la famine et aux camps. De près d’une centaine de milliers, leur population tombe à 15.000.

Une ultime révolte herero, conduite par le chef Herero Samuel Maherero s’engagea en 1904 pour s’achever trois ans plus tard. L’histoire a gardé le souvenir de l’ordre d’extermination lancé à cette occasion contre les rebelles par le général Lothar von Trotha, qui reprend une idée anglaise : le camp de concentration : “N’épargnez aucun homme, aucune femme, aucun enfant, tuez-les tous.” On estime à 75 à 80% la proportion de Herero et de Nama ainsi massacrés.

Retour sur un génocide “oublié” : celui des Hereros par les Allemands

Un groupe de prisonniers hereros enchaînés en 1904.

Avant l’arrivée des Européens, le sud-ouest africain (actuelle Namibie) n’était habitée que par des groupes clairsemés : Hottentots et Khoisans, Bochimans, Namas, Ovambos et Hereros. Au début des années 1880 une poignée de colons allemands s’y installe. Or, il s’agit d’un des rares territoires non encore revendiqués par les puissances européennes. Bismark saisit l’occasion et place ce territoire sous la protection du Reich, en 1884. Le premier gouverneur civil de la nouvelle colonie, Südwest-Afrika en allemand, se nomme Heinrich Goering, père du sinistre Hermann. Sur place, il s’appuie sur de petits effectifs de colons allemands ( 3700 colons et fonctionnaires).

Néanmoins, les autorités parviennent à utiliser au mieux les rivalités tribales, s’appuyant tantôt sur les Namas, tantôt sur les Hereros. Elles signent aussi des traités avec les élites locales. En janvier 1894, sont découverts d’importants gisements de diamants. Se met alors en place une politique de déplacement et de confiscation systématique des terres dans les territoires habités par les Hereros (dans les régions au centre de la Namibie).

Hereros pendus , en 1904.

Les agriculteurs hereros privés de terre supportent de plus en plus difficilement cette situation. En janvier 1904, les Hereros se soulèvent. En trois jours, près de deux cents civils allemands sont massacrés. Ce drame fournit aux Allemands un prétexte pour se débarrasser de cette population qu’ils méprisent.

Or, cet Empire allemand convoite cette colonie très riche en minerais, or et diamants notamment. Il entend créer une colonie de peuplement blanche dans ce sud-ouest africain. Pour y parvenir, il convient donc de se débarrasser des Hereros. Or, à cette époque, dans l’Allemagne de Guillaume II, l’idéologie racialiste fait fureur. Le nationalisme allemand se fonde sur la communauté de sang. Dans ces conditions, les troupes allemandes menées par Lothar von Trotha s’engagent dans une guerre d’extermination raciale.

“Combats sanglants dans le sud-ouest africain”, gravure parue dans le Petit journal du 21 février 1904.

Lors de la terrible bataille d’Hamakari, près de 6 000 combattants hereros sont exterminés, ainsi que les 20 à 30 000 civils qui les accompagnent. Le 2 octobre, von Trotha promulgue un ordre d’extermination : “(…) Tout Herero découvert dans les limites du territoire allemand, armé comme désarmé, avec ou sans bétail, sera abattu. Je n’accepte aucune femme ou enfant. Ils doivent partir ou mourir. Telle est ma décision pour le peuple herero.”

Lothar von Trotha

Le gouverneur civil impérial, Leutwein, critique cette position pour des raisons économiques. “Nous avons besoin des Hereros comme vachers, certes en nombre réduit, et comme agriculteurs. Il serait plus que suffisant de les anéantir politiquement.” Finalement, Guillaume II tranche en faveur de von Trotha. Le destin des hereros semble scellé. Ces derniers doivent quitter leurs territoires (hereroland) pour le terrible désert de Kalahari. Les chances d’y survivre y sont déjà minces en tant normal, or les Allemands ont pris soin d’empoisonner les principaux puits de la région. On estime que près de 30 000 Hereros trouvèrent la mort dans le désert.

Début 1905, la rébellion est mâtée et les Hereros éliminés. On ne compte plus qu’une dizaine de milliers d’individus, réfugiés dans les colonies britanniques voisines. Face au tollé provoqué par cette guerre d’extermination, Guillaume II doit lever l’ordre d’extermination. Pour autant, le sort des Hereros reste peu enviable, dans la mesure où les individus qui se rendent aux autorités se voient réduits aux travaux forcés dans des camps de concentration, dans lesquels la mortalité atteint des sommets.

Hendrik Fraser décrit ainsi les conditions d’existence dans le camp de Swakopmund : “Les femmes devaient travailler comme les hommes. Le travail était harassant. (…) Elles mouraient littéralement de faim. Celles qui ne travaillaient pas étaient sauvagement fouettées. J’ai même vu des femmes assommées à l’aide de pioches (…). Les soldats allemands abusèrent de jeunes Hereros pour assouvir leurs besoins sexuels.”

En Allemagne les députés socialistes, radicaux et centristes anticolonialistes parviennent à bloquer les budgets coloniaux, imposant le démantèlement des camps. Les Hereros ne réintègrent pourtant pas leurs anciens territoires, puisqu’ils se voient dispersés dans des fermes, contraints de porter au cou un disque de métal où figure leur numéro de matricule.

Hereros rescapés en 1904.

En 1911, les autorités allemandes recensent 15 130 Hereros. Près de 64 000 Hereros ont disparu en sept ans, soit 80% de la population d’origine ! Durant la première guerre mondiale, les troupes de l’Union sud-africaine, membre du Commonwealth britannique, font la conquête de la colonie allemande. (juillet 1915). La Société Des Nations confie d’ailleurs ce territoire en mandat à l’Afrique du sud, qu’elle conservera jusqu’en 1966, malgré les protestations de nombreux pays afro-asiatiques (politique d’apartheid).

En ce qui concerne ces massacres, il est légitime de parler de génocide dans la mesure où les 4 critères de définition du génocide sont ici réunis :
- la désignation d’un groupe ciblé considéré comme de “trop” ;
- au nom d’une idéologie (racisme, etnonationalisme, ethnocentrisme) ;
- une décision d’exterminer qui s’accompagne d’une volonté d’exterminer en totalité (l’ordre de von Trotha, le 2 octobre 1904) ;
- un crime d’Etat, condition de l’efficacité dans le crime.

Après des décennies de mutisme, l’Allemagne a enfin reconnu ce génocide en 2004. Cent ans après les faits.

Sources :

- J. Kotek :”Afrique, le génocide oublié des Hereros”, L’Histoire, n°261, pp.88-92.

- Entretien avec Elikia M’Bokolo : “le travail forcé, c’est de l’esclavage”, L’Histoire, n°302, p70.

- Le Petit Mourre, Namibie : p 993.

Ecnore sur le génocide des Hereros

Histoire du génocide des Hottentots par l’Afrique du sud

George Padmore rapporte dans “Panafricanisme et communisme” :

“En 1928, le général Smuts, un des fondateurs même de la Société des Nations et principal architecte du système des mandats (qui servait à maintenir un néo-colonialisme), approuva le bombardement des Bondelswarts, une tribu sans défense de l’Afrique du sud-ouest, l’ancienne colonie allemande que la Société des Nations avait confiée au gouvernement de l’Afrique du sud comme territoire sous mandat.

On pourrait résumer ainsi l’histoire de ce massacre : Les Hottentots Bondel étaient une tribu miséreuse qui habitait une réserve située dans la partie sud du territoire. Ils ne virent aucun avantage à travailler pour les fermiers blancs de la localité. Une loi, votée selon la déclaration de l’administrateur, pour forcer les indigènes à travailler, imposa une taxe prohibitive sur les chiens de chasse, du gibier desquels les Hottentots tiraient leurs moyens de subsistance. Ils étaient déjà le plus mal possible avec la police locale, et une friction ouverte se produisit lorsqu’un notable indigène, un certain Abraham Morris, rentra de bonne foi, mais sans autorisation, de la colonie du Cap, et fut convoqué pour être arrêté. Les Hottentots refusèrent de livrer Morris et, croyant que les menaces de la police signifiaient que les Blancs avaient l’intention de les détruire, entrèrent en campament avec rempart de chars à boeufs sur une colline couverte de rochers à un endroit appelé Guruchas. A ce moment, la peur d’une “guerre indigène” circulait vigoureusment dans tout le pays ; la population blanche fut terrifiée. (…) M. Hofmeyer, administrateur du territoire, arriva, rassembla des volontaires parmi les Blancs, et envoya chercher des avions de l’aérodrome le plus proche. Ses forces encerclèrent la colline où les Bondels campainet avec leurs femmes et leurs enfants. La colline fut bombardée par des avions, de trois heures jusqu’à la tombée de la nuit. Pendant la nuit, un groupe de ces Hottentots qu’avait complètement démoralisé cette nouvelle et terrifiante d’attaque, s’achappa du camp. Ils furent capturés dans la suite et complètement vaincus.”

Ce massacre est lié à la politique démagogique et raciste de Smuts pour répondre au soulèvement ouvrier qui a lieu à l’époque des années 1920 avec une montée du parti communiste sud-africain dans la classe ouvrière et les milieux populaires.

En 1922, une grève générale à l’instigation des mineurs afrikaners et du parti communiste est déclenchée dans tout le pays. Aux revendications sociales s’ajoutèrent des revendications nationalistes et anticapitalistes initiées par les communistes blancs. Des émeutes éclatent contre la police venue évacuer les mines occupées par les mineurs ; une répression sanglante sur l’initiative de Smuts met fin en une semaine à leur rébellion. La répression est particulièrement sévère contre les communistes dont la hiérarchie blanche fut décapitée.

En 1922, les mineurs afrikaners du Witwatersrand se mettent en grève. Les ouvriers sont soutenus par les travaillistes et le tout jeune parti communiste d’Afrique du Sud. Le conflit commence dans les mines de charbon puis s’étend à tout le bassin minier du Rand, regroupant 20 000 travailleurs blancs. Des soviets sont proclamés et la grève générale déclenchée le 6 mars 1922. La grève tourne à l’insurrection. Pendant 5 jours les combats font rages dans les quartiers ouvriers du rand pilonnés par l’aviation sur ordre du premier ministre Jan Smuts. Le mouvement est brisé dans le sang (214 tués dont 76 grévistes, 78 soldats, 30 africains tués par les grévistes) et 5 000 mineurs sont emprisonnés. C’est en chantant un hymne communiste que 4 des 18 condamnés à morts furent exécutés.

L’échec du mouvement ouvrier conduit à une mobilisation insolite rassemblant travaillistes, socialistes et communistes derrière les nationalistes du parti national de James Barry Hertzog qui remportent les élections générales de 1924 .

Dès lors, les gouvernements d’inspiration nationaliste s’attachent à développer et protéger la communauté afrikaner, érodant la tradition libérale du Cap alors que dans les années 1930, l’aile extrême du nationalisme subit fortement l’influence du nazisme.

Les camps des puissances occidentales

La première apparition de la dénomination « camp de concentration » est due aux Britanniques en Afrique du Sud durant leur guerre contre les Boers ; (Guerre du Transvaal, 1899-1902) ; sur ordre du général Frederick Roberts puis de Lord Kitchener, les Britanniques y enfermaient les femmes, les vieillards et les enfants des Boers et des membre de tribus indigènes alliées.

Il y a eu également les camps de concentration construits dès 1904 en Namibie (pays d’Afrique) pour éliminer le peuple Herero opposé à la colonisation et aux armées du chancelier Von Bülow. Le désastre humanitaire fut effrayant : plus de 70 000 hereros morts avant ou dans les camps de concentrations (pour causes de malnutrition, mauvais traitements, exécutions sommaires des malades ainsi que des plus faibles). Il ne faut pas oublier les expériences anthropologiques, scientifiques et médicales transformant les prisonniers hereros en cobayes humains.

L’expérience a été estimée réussie par l’Etat anglais qui a poursuivi. Au Royaume-Uni, 32 000 étrangers ou espions supposés ou Irlandais après 1916, ont été enfermés dans des camps comme le champ de course de Newbury, puis dans une prison de l’île de Man qui n’était pas prévue pour des civils. Des tailleurs juifs de Londres, issus de Galicie (donc de l’Autriche-Hongrie) sont aussi internés dans des camps.

La France a utilisé des camps de concentration durant la Première Guerre mondiale, dont celui de Pontmain, pour y enfermer les ressortissants allemands, austro-hongrois et ottomans présents sur son territoire à l’ouverture des hostilités. De nombreuses îles françaises de la Manche, de l’Atlantique et de la Méditerranée ont été utilisées pour implanter de tels camps. Le narrateur du Temps retrouvé, Marcel Proust, mentionne l’existence en France de camps de concentration lors de la Première Guerre mondiale, où furent internés les civils allemands présents sur le sol français lors de la déclaration de guerre.

La France a aussi eu à nouveau recours à des camps de concentration à la fin de la guerre d’Espagne pour regrouper les réfugiés républicains fuyant l’avancée du camp franquiste à Gurs, Rivesaltes, Argelès-sur-Mer et Agde, bien que beaucoup de ces réfugiés n’aient pas été des ennemis.

Dans le cas des Hottentots et des Boer, il s’est agi de véritables camps d’extermination et, pour les Hottentos, d’un premier génocide de l’ére moderne. Bien qu’il fasse partie d’’une histoire apparemment lointaine, ce dernier est loin d’être connu et reconnu. Et pour cause. Les gouvernements actuels ne se sont jamais interdits d’utiliser de telles méthodes. Ils ont dénoncé, après coup, le génocide des nazis contre les Juiifs, les tziganes et d’autres sortes de populations considérées comme “inférieures” par les nazis, mais ils n’ont rien fait contre sur le moment. Et ils ne se sont pas gênés pour soutenir ou employer des méthodes aussi barbares quand leurs intérêts les y ont poussé. Voir le soutien français au génocide rwandais notamment. Voir aussi le massacre organisé avec le soutien des USA au Guatemala (200.000 Mayas en 1954) ou les méthodes de guerre expéditives des USA au Vietnam (massacres, tortures, camps d’internement…).

Durant la seconde guerre mondiale, les USA ont interné les civils japonais, ou asiatiques et même américains d’origine asiatique dans des camps, même s’ils n’avaient à leur reprocher aucun lien particulier avec le régime japonais. Le gouvernement canadien a procédé de même. Il a déplacé les Canadiens d’origine japonaise, qui sont situés à l’intérieur d’une « zone de sécurité » d’une largeur de 160 km le long de la côte du Pacifique. C’est, officiellement, « pour leur sécurité ». Ils sont envoyés dans des villes fantômes dans les Rocheuses, dans des camps de détention, et certains, comme Tsukiye Muriel Kitagawa, sont dirigés vers d’autres provinces. Privés de leurs libertés civiles, les autorités vendent tous les biens de ces gens (maisons, fermes, bateaux de pêche, entreprises et biens personnels) pour tenter d’empêcher qu’ils reviennent s’installer en Colombie-Britannique. Ce n’est qu’en 1949 qu’ils recouvrent tous leurs droits, et que toutes les restrictions sont levées.

La Shoah n’est pas le seul génocide nié : c’est aussi le cas des massacres indonésiens au Timor-Oriental, du génocide arménien, du sort des Aborigènes d’Australie, du bilan sanglant du colonialisme belge au Congo, des Malgaches tués en masse par l’armée française en 1947, sans parler des dizaines de millions de victimes des famines provoquées par les politiques coloniales…

 

Robert Paris Chercheur et enseignant à l’École des hautes études en sciences sociales (en 1998)

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