UNE MONNAIE CEMAC AVANT LA MONNAIE UNIQUE AFRICAINE – Par Celestin Bedzigui

Les rumeurs selon lesquelles, lors du récent sommet de N’Djamena, les pays de la CEMAC, aient échappé à une dévaluation, relancent une fois de plus le débat sur l’opportunité, pour nos pays, de quitter la zone CFA et de créer une monnaie.

« CREER UNE MONNAIE CEMAC AUTONOME Un impératif de souveraineté? Face aux rumeurs de dévaluation du FCFA, il est impératif de créer une monnaie CEMAC autonome, étape intermédiaire avant la création d’une monnaie unique africaine, décision qui serait cohérente avec la création récente de la zone de libre-échange africaine d’une part et, d’autre part aurait l’ effet immédiat de mettre un terme à l’esclavage monétaire vis à vis de la France auquel le FCFA soumet nos pays.

Il est en effet plus que temps de rompre ce nœud gordien qui lie le FCFA au Trésor Français en nous désengageant du compte d’opération où doit être déposée une part substantielle de nos réserves de change.

Le pas décisif et significatif serait la création d’une monnaie CEMAC qu’on nommerait le Fako , renvoyant au plus haut sommet de la sous-région , une monnaie dont la parité initiale sera adossée sur un panier des devises des plus importants partenaires commerciaux de la CEMAC/ CEEAC à savoir €, $, £, Roupie indienne, Yen japonais , Yuan chinois…

Cette initiative répondrait à l’urgence de se libérer de la camisole de force qu’est devenu le FCFA CEMAC , qui , en contradiction flagrante avec le potentiel de richesses des pays de notre sous-région est devenu l’outil principal d’une manipulation politique permanente dont le but n’est autre que de faire croire à la faiblesse de nos économies et d’accentuer ainsi le contrôle que le France y exerce.

Sur la voie d’une émancipation politique et économique devenue aujourd’hui impérative , ce serait en fait l’étape décisive vers la création de la Confédération d’Afrique Centrale, les étapes suivantes devant être la mise en place d’un Ministère Unique de l’Économie et des Finances pour la sous- région, suivie de l’institutionnalisation politique de cette Confédération avec une gestion et une planification centralisée des domaines monétaires, budgétaires, diplomatiques, sécuritaire, énergétique, infrastructurelle et éducationnel au niveau des études supérieures .

Il est en effet stupide de continuer à parler d’un CFA Cemac se définissant par rapport au Franc français qui n’existe plus. Tout autant qu’il l’est aussi de croire que des États dont les politiques fiscales, budgétaires, monétaires et commerciales sont différentes voire antagoniques tel que l’illustre la signature en solitaire des APE par le Kamer, peuvent avoir une monnaie commune sans un cadre institutionnel unique et coercitif. C’est pour cette raison qu’à cet acte d’émancipation monétaire devra être combinée une politique de soutien du Fako, par une stratégie reposant deux mesures.

La première mesure serait de tirer avantage de notre position de fournisseurs exclusifs ou principaux de matières premières à nos partenaires en exigeant que les paiements de leurs achats se fassent à 50% en Fako et à 50% en devises étrangères choisies de manière contractuelle dans le panier des devises déterminant la parité de notre monnaie . Cette mesure aura un double effet. En ce qui est du règlement à 50% en Fako de nos exportations, il favorisera le maintien à un niveau conséquent la demande en cette devise, laquelle demande soutiendra son cours à un niveau élevé préservant ainsi sa parité. En ce qui est du règlement en 50% en devises étrangères, il permettra d’alimenter notre stock en ces devises étrangères dans notre Banque Centrale au comité directeur de laquelle ne siégera plus la France, pour pallier les besoins suscités par nos importations, sans avoir à payer le tribut qui nous est imposé par le dépôt de ces réserves de change dans le compte d’opération du Trésor Français.

La deuxième mesure visera à réduire ou tout au moins de contingenter les importations de produits substituables par une production locale à l’instar des produits alimentaires et des produits textiles qui grèvent lourdement notre balance commerciale et notre balance de paiement. De manière pratique, il s’agira de limiter les importations de blé et de riz et de soutenir parallèlement la production et la consommation des céréales et féculents locaux pour lesquels nos pays ont un avantage comparatif certain. Il s’agira également, dans le textile, de limiter l’importation massive de friperie et autres vêtements de luxe occidentaux et plutôt d’encourager l’habillement en de tissus fabriqués en coton produit et transformé localement. Il est évident qu’un tel changement de paradigme nécessite une volonté politique implacable.

Le poids économique et politique du Cameroun dans la sous-région autorise notre pays à prendre l’initiative de mener cette bataille suprême de l’émancipation économique de nos pays avec une probabilité élevée de réussite, tout n’étant en fin de compte qu’une question de leadership déterminé. Pourquoi n’oserions nous pas?

Celestin Bedzigui  Président du PAL- Parti de l’Alliance Libérale. »

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