22 septembre 1960 | Extrait du discours de Modibo Keita, premier président de la république du Mali indépendant

Modibo KEITA est né le 4 juin 1915 à BAMAKO (capitale du Mali) de père Malinké (Daba KEITA) et de mère Marka (Fatouma CAMARA), descendant de cette vielle famille mandingue établie dans le cercle de Nara. Modibo KEITA fut élevé dans un cadre de dignité, de travail et d‘austérité. Après avoir appris les premiers rudiments du saint Coran, il entre à l’école primaire de BAMAKO en Septembre 1924 avec une promotion de classe de plus de cent élèves. Etudes normales jusqu’en 1930 où il subit avec succès le certificat d’Etudes primaires qui lui donnait le droit d’entrée à l’école primaire supérieure, devenue école Terrassons de Fougères en 1931, puis Lycée Askia MOHAMED en 1961.

Studieux, travailleur, consciencieux et sérieux, il passe avec brio toutes ses trois années d’E.P.S. Et est reçu premier du Soudan à l’examen d’entrée à l’école normale de Gorée dont il devait sortir major, avec félicitations du jury en juillet 1936.

Brillant instituteur et excellent pédagogue, il servit successivement à Bamako, Sikasso et Kabala d’où après les élections de mars 1952, il fut rappelé pour assumer la vice-présidence du conseil dont il était membre depuis 1948.

En 1956, il était élu député au palais Bourbon et vice-président de ladite Assemblée en remplacement de notre très cher disparu Mamadou KONATE décédé en mai de la même année. Après l’échec de la fédération du Mali, un congrès extraordinaire de l’US- R.D.A. s’est tenu le 22 septembre 1960 à Bamako et assignait au secrétaire général du parti des objectifs dynamiques, précis et clairs tant dans le domaine politique, économique, social et culturel et décidait par acclamation et à l’unanimité, la proclamation de l’indépendance inconditionnelle du nouvel État de la république du Mali irréversiblement engagé dans la voie du socialisme. Voilà un extrait de ce discours historique du 1er Président du Mali indépendant :

« Chers Camarades,

A la conférence territoriale du parti, il y a trois semaines, nous nous sommes contentés d’un exposé objectif du déroulement des évènements de Dakar, sans en tirer les conséquences. Nous avons par la suite fait un certain nombre de contacts qui ont projeté plus de lumière sur les origines plus ou moins lointaines des dits évènements. C’est ainsi que j’ai répondu à l’appel du président de la république française, aux invitations du roi du Maroc et du président de la république du Ghana. D’autres parts des missions ont été envoyées à l’extérieur : U.S.A, O.N .U, Allemagne fédérale, pays de l’est, l’Afrique occidentale.

Pour mieux suivre le sens de notre action politique pendant ces derniers mois, il est indispensable que nous examinions la situation créée en Afrique depuis le référendum du 22 septembre 1958.

Le 22 septembre, les conditions politiques intérieures nous imposèrent un vote favorable à l’entrée dans la communauté.

En outre nous avons pensé et pensons que Les chances de résolutions de l’unité sont aléatoires pour les États accédant à l’indépendance, car devenus souverains, ils affirment leur personnalité aussi bien sur le plan intérieur que sur le plan extérieur.

Aussi avions-nous espéré que l’autonomie était pour les États africains la période la plus favorable de leur évolution pour la réalisation de leur unité. Évidemment, cela supposait de la part des dirigeants de ces États, une indépendance totale à l’égard des puissances d’argent et des autorités des anciennes métropoles

Par ailleurs, nous avons estimé et estimons encore que c’est dans l’unité que l’Afrique pourra résister à l’emprise des forces impérialistes et renforcer le camp de la paix…

Dans un monde de plus en plus tourmenté où la légalité n’apparait qu’à travers les intérêts stricts des pays, la lutte pour nous devra s’engager sur le plan politique.

Nous demeurons certes fidèles à l’idée de la fédération africaine, nous nous considérons toujours liés par le serment du 17 janvier 1959. Mais pour le succès de notre action en faveur de la fédération, il est indispensable et urgent que la république soudanaise s’affirme sur le plan africain et sur le plan international. C’est la raison pour laquelle nous avons invité à autoriser l’Assemblée législative :

1- A appréhender les compétences transférées par la république soudanaise à la fédération du Mali ;

2- A proclamer comme État indépendant et souverain la république soudanaise,

3- A proclamer que la république soudanaise s’appelle république du Mali, libre de tous engagements et liens politiques vis-à-vis de la France, comme la Haute volta, la Côte d’ivoire, le Niger, le Dahomey…

Notification de ces décisions sera faite au gouvernement français, à l’organisation des Nations-Unies et à tous les pays indépendants.

Fidèles à notre idéal d’union et de paix, j’insiste sur ce mot, nous sommes décidés à établir des relations amicales avec tous les États du monde, sans exclusive aucune, singulièrement avec ceux d’Afrique qui seront désireux de promouvoir une politique d’union et de progrès, de s’engager résolument dans la lutte pour la libération totale du continent africain et l’établissement d’une paix durable entre les peuples.

La République du Mali est née. Le Mali continue. Le mot Mali continuera à résonner comme un gong sur la conscience de tous ceux qui ont œuvré à l’éclatement de la fédération du Mali ou qui s’en sont réjouis. Nous restons mobilisés pour l’idée de la fédération qui, malgré tout, demeure une demande virile de l’unité africaine. Nous avons perdu une partie, mais nous gagnerons la manche IN CHALLAH. Les puissances d’argent, les forces rétrogrades et impérialistes n y pourront rien.

Toutes les Maliennes et tous les Maliens doivent se considérer comme mobilisés pour la construction de la république du Mali, Patrie de tous ceux qui sont fermement attachés à la réalisation de l’indépendance et de l’union africaine ;

Toutes les Maliennes, tous les Maliens doivent accepter tous les sacrifices pour que notre pays, puisse sortir grandi, rayonnant, de l’épreuve qu’il traverse pour que les africains libres, réellement libres puissent sans possibilité d’ingérence, s’unir pour que s’affirme une grande nation africaine qui marquera de son seau la politique internationale, pour que la paix, espoir des peuples en voie de développement, s’établisse entre tous les pays du monde »

 

Drissa Keita

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