13 Avril 1975 | Tchad: Assassinat duPrésident François Tombalbaye lors d’un coup d’État

Le 13 avril 1975 est renversé et tué François Tombalbaye, le premier président du Tchad, colonie de l’Afrique équatoriale française (AEF) devenue indépendante le 11 août 1960.

Des tensions entre le président tchadien Ngarta Tombalbaye et les militaires incitent ces derniers à effectuer un coup d’État le 13 avril 1975. Le renversement du président, qui est tué à cette occasion, marque un tournant dans l’histoire du Tchad .

François Tombalbaye – il changera de prénom pour Ngarta dans les années 1970 – devient président du Tchad lorsque ce pays accède à l’indépendance, le 11 août 1960. Son règne est marqué en 1966 par l’avènement du Front de libération nationale du Tchad (Frolinat), un mouvement défendant les intérêts du Nord musulman, ainsi que la contestation des Toubous, des nomades noirs. Cette instabilité entraîne l’implication de troupes françaises aux côtés du gouvernement. La lutte qui se poursuit mine la crédibilité du président qui perd des appuis dans le Sud, d’où il est originaire. Son comportement erratique provoque également des tensions croissantes entre lui et l’armée. Craignant un complot entre des militaires et des forces extérieures convoitant les richesses tchadiennes, le chef d’État fait emprisonner des leaders, comme le général Félix Malloum, en juin 1973. L’arrestation du chef de la gendarmerie, Djimé Mamari Ngakinar, et de son aide, le colonel Kotiga Guérina, le 2 avril 1975, incite des militaires à préparer un coup d’État. Ils le mettent à exécution le 13 avril. Le palais présidentiel de la capitale, N’Djamena, est occupé et Tombalbayé tué. Des leaders emprisonnés sont libérés, la Constitution est suspendue et l’Assemblée nationale dissoute. Après une courte transition, Malloum est placé à la tête de la junte, le Conseil supérieur militaire, le 15 avril, avant de devenir président. Malgré l’espoir d’un apaisement entre les nouveaux dirigeants et les rebelles du Nord, les tensions persistent. Le Tchad demeurera déchiré par une instabilité persistante, notamment des conflits dans lesquels d’autres pays interviennent (Libye, France, etc.).

Dans les médias…

Saleh Kebzabo, « Tout sur le putsch de N’Djaména »«…Les militaires demandent à être jugés sur leurs actes, qu’on leur fasse confiance et qu’on prenne en considération leurs bonnes intentions. Ils affirment qu’il n’est pas question de poursuivre la même politique qui a trop fait souffrir le pays. Ils se veulent pratiques et pragmatiques, et se refusent, pour l’heure, à engager un débat public sur le contenu politique et leurs actions. C’est la seule pierre d’achoppement. Cherchant à rassurer ceux qui, nombreux, commencent déjà à s’agiter, à N’Djaména, ils disent sans ambages qu’il n’y aura pas de régime dictatorial au Tchad. Mais rappellent tous les jours que les activités, manifestations ou concertations à caractère politique sont formellement interdites. Cette démarche reflète l’état d’esprit des membres du CSM. Nullement préparés au pouvoir, les militaires tchadiens font en vérité leur apprentissage de la politique. Ils le reconnaissent humblement et disent vouloir partager le pouvoir avec les civils. On comprend les appels incessants lancés en direction des différentes catégories de Tchadiens de l’intérieur et de l’extérieur. Pour relever le défi de Tombalbaye qui disait sans modestie qu’après lui ce serait le chaos. Assurément le Tchad vit des jours délicats et peut-être décisifs. »

Jeune Afrique (France), 9 mai 1975, p. 33.

S.A., « La revanche des « humiliés »

«…L’homme qui n’eut pas de mots assez durs pour les « colonialistes » venus à son aide contre ses administrés musulmans du Nord et insulta copieusement M. Foccart (Jacques) en place publique est tombé sous les coups de ses officiers « humiliés et bafoués ». Il a, selon le premier manifeste des putschistes, nourri « l’animosité entre tribus » et « divisé pour régner ». C’est dire combien l’intervention française, arrêtée en juin 1971, paraît, avec le recul du temps, une équipée où Paris ne pouvait gagner que des horions. Faisant du tribalisme un moyen de gouvernement rejetant son pays, sous prétexte d’« authenticité », dans des pratiques d’initiation d’un autre âge, persécutant parfois affreusement les chrétiens, l’ancien instituteur protestant du Moyen-Chari aura été le type même de ces « mauvais chevaux » qu’il est imprudent de jouer et de soutenir dans leurs querelles internes. L’ancien partenaire « ombrageux » du général de Gaulle n’aura su, en fin de compte, que transformer la vie politique de son pays en antichambre des prisons et de l’exil. Le nouveau régime militaire qui s’installe au Tchad se montrera-t-il moins intolérant ? Bien des précédents portent au scepticisme. »

Le Monde (France), 16 avril 1975, p. 1.

S.A., « Death of a Dictator »

«…During 15 years of harsh and eccentric rule, President Ngarta Tombalbaye of Chad survived at least seven major assassination attempts. Last week his luck ran out. In a surprise sunrise attack, uniformed soldiers and police, led by General Mbailai Odingar, acting commander of Chad’s 4,000-man army, stormed the white-walled presidential palace in Ndjamena, capital of this Central African nation. Tombalbaye’s death was announced over national radio, and General Odingar claimed that the armed forces had « exercised their responsabilities before God and the nation. » Almost immediately, thousands of brightly swathed men and women poured into the dusty streets of the sun-scorched city, singing, dancing and joyfully chanting, « Tombalbaye is dead. » (…) Despite his ruthless oppression of political opponents. Tombalbaye was never able to gain complete control of Chad, a country torn by traditional religious and tribal animosities. (…) The Moslems, who constitute 52% of the population, resented the political dominance that Tombalbaye gave to the Bantu tribesmen of Chad’s tropical south. More recently, Tombalbaye’s opposition has come from fellow Bantu military officers and members of his own party as well. »

Time (édition canadienne), 28 avril 1975, p. 32-33.

 

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