16 Mars 2010 | Ouganda: un incendie dévaste les tombeaux des rois du Buganda à Kasubi, inscrits sur la liste du patrimoine mondial

Le 16 mars 2010, le bâtiment principal a été presque complètement détruit par un incendie d’origine inconnue, « très probablement criminel ». Le sinistre a soulevé la colère des partisans du roi Ronald Mutebi II – fils de Mutesa II – qui ont mis en cause le gouvernement et se sont heurtés aux forces de l’ordre. Trois personnes ont perdu la vie au cours d’une fusillade. Si des objets précieux ont été détruits, en revanche les dépouilles des quatre anciens rois qui étaient enterrés sous le mausolée n’ont pas été touchées.

Le 29 juillet 2010, l’UNESCO annonce, après l’avoir classé sur la liste du patrimoine mondial en péril, que le site sera reconstruit

Tombes des rois du Buganda à Kasubi

Les tombeaux des rois du Buganda à Kasubi s’étendent sur près de 30 ha de collines dans le district de Kampala. La plus grande partie du site est une zone agricole, exploitée selon les méthodes traditionnelles. Son centre, au sommet de la colline, est l’ancien palais des Kabakas du Buganda, construit en 1882 et transformé en cimetière royal en 1884. Quatre tombes royales se trouvent maintenant dans le Muzibu Azaala Mpanga, le bâtiment principal de plan circulaire et surmonté d’un dôme. C’est un exemple important de réalisation architecturale en matériaux organiques – bois, chaume, roseaux et enduits en particulier. La signification essentielle du site réside toutefois dans sa valeur immatérielle faite de croyance, de spiritualité, de continuité et d’identité.

Valeur universelle exceptionnelle

Brève synthèse

Le site des tombes des rois du Buganda couvre une superficie 26,8 hectares de collines à Kasubi, dans la ville de Kampala.

Le site est un centre spirituel majeur pour les Bagandas, où les pratiques traditionnelles et culturelles ont été préservées. Les tombes de Kasubi sont le lieu religieux le plus actif du royaume, où des rituels sont encore fréquemment pratiqués. Demeure funéraire des quatre derniers Kabakas (rois), le site est aussi un centre religieux pour la famille royale, un lieu où le Kabaka et ses représentants accomplissent des rites importants de la culture du Buganda. C’est un lieu où les liens de communication avec le monde des esprits sont maintenus.

Son organisation spatiale, commençant à la limite du site définie par la traditionnelle clôture d’arbres à écorce, en passant par la maison des gardes, la cour principale et atteignant son apogée avec l’imposant bâtiment au toit de chaume, abritant les tombes des quatre Kabakas, est le meilleur exemple existant de palais/ensemble funéraire des Bagandas.

En son centre sur la colline se dresse le principal édifice funéraire, le “Muzibu-Azaala-Mpanga”, chef-d’œuvre de cet ensemble. Un édifice funéraire a existé depuis le XIIIe siècle. Le bâtiment le plus récent est l’ancien palais des Kabakas des Bagandas, construit en 1882 et converti en sépulture royale en 1884. Le Muzibu-Azaala-Mpanga abrite désormais quatre tombes royales.

Le principal édifice funéraire, de plan circulaire et surmonté d’un dôme, est un exemple majeur de réalisation architecturale érigée à l’aide de matériaux organiques composés de poteaux de bois, chaume, roseaux et clayonnage. Ses dimensions inhabituelles et les remarquables détails d’assemblage témoignent du génie créateur des Bagandas et en font un chef-d’œuvre dans la forme et la réalisation. Il s’agit d’un exemple intact exceptionnel du style architectural développé par le puissant royaume du Buganda à partir du XIIIe siècle.

Les éléments bâtis et naturels du site des tombes de Kasubi sont chargés de valeurs historiques, traditionnelles et spirituelles. Le site est un centre spirituel majeur pour les Bagandas et le lieu de culte le plus actif du royaume. Les structures et les pratiques traditionnelles qui y sont associées sont une des représentations exceptionnelles de la culture africaine et décrivent la continuité d’une tradition vivante. La signification essentielle du site réside dans sa valeur immatérielle faite de croyances, spiritualité, continuité et identité du peuple Baganda. Le site est un important symbole historique et culturel pour l’Ouganda et l’Afrique de l’Est dans son ensemble.

Critère (i) : Le site des tombes de Kasubi est un chef d’œuvre du génie créateur humain, tant par sa conception que par son exécution.

Critère (iii) : Le site des tombes de Kasubi témoigne avec éloquence des traditions culturelles vivantes des Bagandas.

Critère (iv) : L’organisation spatiale du site des tombes de Kasubi est le plus bel exemple de palais/ensemble architectural Baganda. Construit dans la plus pure tradition de l’architecture et de la conception palatiale Ganda, il atteste des techniques développées au fil des siècles.

Critère (vi) : Les éléments bâtis et naturels du site des tombes de Kasubi sont chargés de valeurs historiques, traditionnelles et spirituelles. C’est un pôle spirituel majeur pour les Bagandas, et le lieu de culte le plus actif du royaume.

Intégrité (2010)

La limite du territoire sur lequel les tombes sont implantées est clairement définie par les traditionnels arbres à écorce (Ficus sp.) et coïncide avec la frontière traditionnelle de 1882. Ces marqueurs vivants ont été utiles pour éviter les empiètements à des fins de construction résidentielle et autres développements, préservant ainsi la taille originale du site. La conception architecturale du palais incluant la disposition des édifices et des tombes / sépultures des membres de la famille royale autour du Muzibu-Azaala- Mpanga, reflet de la structure palatiale traditionnelle, est maintenue dans son ensemble original.

Bien que le récent incendie tragique, qui a détruit le principal édifice funéraire, ait entraîné la disparition d’un attribut clé, les traditions culturelles associées aux constructions en bois, chaume, roseaux et clayonnage sont toujours vivantes et en permettront la reconstruction.

Les autres structures traditionnelles sont toujours en place et les principaux attributs se rapportant aux pratiques cérémoniales et religieuses traditionnelles ainsi qu’au régime foncier et à l’occupation des sols, sont toujours maintenus.

Authenticité (2010)

L’authenticité des tombes des rois du Buganda à Kasubi se reflète dans la continuité des pratiques traditionnelles et culturelles qui sont associées au site. Le système funéraire original des Kabakas du Buganda est toujours maintenu. Le Muzibu-Azaala- Mpanga disposé au milieu des autres édifices, avec une grande cour centrale (Olugya) et une avant-cour abritant la maison des tambours et la maison des gardes, sont un ensemble palatial typique du royaume du Buganda. L’utilisation du toit de chaume reposant sur des structures arrondies de feuilles de palmier est préservée, de même que les éléments intérieurs et les matériaux de finition tels que les poteaux de bois habillés d’écorces décoratives. Bien que l’authenticité du site ait été affaiblie par la perte, en raison de l’incendie, de la principale structure tombale, le savoir-faire architectural traditionnel de l’édifice et les compétences requises sont toujours disponibles pour en permettre la reconstruction. Un facteur qui, conjugué à l’importante documentation existant sur l’édifice, va permettre une authentique rénovation de ce principal attribut.

Besoins en matière de protection et de gestion (2010)

Géré par le royaume du Buganda, le bien a officiellement été promulgué site protégé par le texte réglementaire n° 163 de 1972 et la loi 22 de 1967 sur les monuments historiques. Ce statut légal a été renforcé par la Constitution nationale (1995). La loi sur les monuments historiques protège les tombes de Kasubi des empiètements résidentiels et autres occupations incompatibles avec son caractère. Le sol qui accueille les tombes est régi par la loi agraire (1998). Le titre foncier est confié en dépôt au Kabaka (roi) pour le compte du royaume.

La protection du site est renforcée par les diverses politiques de tourisme de l’Ouganda. Le site possède un plan de gestion général approuvé (2009 – 2015). Un gestionnaire de site est en place.

La plus grande menace qui pèse sur le site est l’incendie. Il est nécessaire d’élaborer un plan de gestion des risques détaillé pour prendre en compte cette menace, en particulier, et de veiller à ce que la documentation sur le site soit aussi complète que possible et conservée en sécurité.

Afin de garantir la préservation dans le temps des procédés de construction traditionnels associés au site, il est actuellement nécessaire de former des jeunes gens éduqués.

Il est également nécessaire de veiller à ce que les principes guidant la reconstruction du principal édifice funéraire soient convenus par l’ensemble des parties prenantes clés – le Comité du patrimoine mondial de l’UNESCO, le royaume du Buganda et le gouvernement de la République de l’Ouganda – et que le processus de recréation de l’édifice soit méthodique, basé sur des faits et convenablement consigné.

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