26 janvier 1905 | Un mineur sud-africain trouve le plus gros diamant du monde avec 621 grammes

Gros comme le poing, le Cullinan diamond est envoyé à Édouard VII en guise de cadeau d’anniversaire.

Lorsque, ce matin-là, Thomas Powell descend dans le Big Hole avec les autres mineurs, il est loin d’imaginer qu’il va faire la découverte du millénaire. Malheureusement, on ne connaît presque rien de ce mineur, semi-esclave dans une mine de diamants sud-africaine, exploitée depuis seulement deux ans ; sinon qu’il réapparaît brandissant victorieusement le plus précieux caillou que jamais homme a arraché aux entrailles de la Terre. Un diamant plus volumineux que le poing ! 621 grammes ! Impossible de le monter en boucles d’oreille, à moins de vouloir ressembler au chef brésilien Raoni avec ses lobes qui balaient le sol.

Powell remet aussitôt le caillou au contremaître Frederick Wells de la Premier Diamond Mining Company, lequel s’empresse de l’apporter au propriétaire de la mine, Thomas Cullinan. Toutes les vérifications faites, c’est bien un diamant. Mais que faire d’une telle merveille ? À qui le vendre ? Deux ans après sa découverte, le Cullinan est vendu au gouvernement du Transvaal pour 150 000 dollars, soit le triple de la somme d’achat de la mine par Cullinan. Le Transvaal, après une guerre perdue contre l’Angleterre, compte offrir le diamant brut à Édouard VII d’Angleterre, en guise de cadeau d’anniversaire, et d’apaisement.

Mais comment l’expédier ? Les avions n’existent pas encore. Il est tout simplement mis à la poste. Oui, posté comme une vulgaire carte postale. Qui aurait envie de voler un paquet anonyme ? D’autant que le gouvernement du Transvaal fait croire, haut et fort, que la pierre a été confiée à un détective chargé de la convoyer jusqu’en Angleterre à bord d’un vapeur. Bien évidemment, l’homme ne transporte qu’une fausse pierre destinée à appâter les éventuels voleurs. Pas d’Arsène Lupin pour éventer la ruse.

Le 9 novembre 1907, pour ses 66 ans, Édouard VII reçoit enfin son cadeau. D’habitude, c’est plutôt lui qui offre un diamant à ses maîtresses… Mais qu’en faire ? Poser le cristal encore brut sur la cheminée royale, pour empêcher les dernières factures de s’envoler, c’est d’un vulgaire… Aussi la décision est-elle prise d’y tailler plusieurs pierres qui rejoindront les bijoux de la famille royale à la tour de Londres. Le job est confié au plus célèbre des tailleurs de pierres d’Amsterdam, Joseph Asscher. Mais, même pour lui, ce n’est pas une mince affaire. Il s’agit de ne pas se rater. Le diamantaire prend trois mois pour observer le Cullinan sous toutes les coutures.

Le 10 février 1908, enfin, il se jette à l’eau. La légende prétend qu’avant d’opérer il fait appeler à ses côtés un médecin et une infirmière, en cas de besoin. Premier geste à effectuer : couper la pierre en deux. Asscher pratique une cannelure en V d’environ un centimètre de profondeur avec un minuscule diamant, puis il saisit un lourd couteau pour taper sur l’incision. À la première tentative, la lame du couteau se brise, mais pas le diamant ! Le coeur d’Asscher en profite pour prendre quelques secondes d’un repos bien mérité. Le médecin se précipite, mais le tailleur est un vieux à cuire. Il saisit un deuxième couteau et… boum, cette fois la pierre se brise exactement comme prévu. On raconte qu’Asscher se serait alors évanoui. La suite n’est plus que de la routine pour le vieux Juif. Durant des mois, il continue à cliver la pierre, à polir tous les éclats. Après plusieurs mois d’un dur labeur, le diamantaire livre au roi d’Angleterre 9 grosses pierres et 105 petits cailloux.

La plus grosse pierre pèse 530 carats et est montée sur le sceptre royal. On la baptise la Star of Africa (ou Cullinan I). Par ordre de taille, on trouve ensuite la Second Star of Africa (Cullinan II) de 317 carats qui orne la couronne impériale, le Cullinan III (94 carats) et le Cullinan IV (63 carats) qui prennent place sur la couronne de la reine Mary, mais qui peuvent être également portés en broche. Et ainsi de suite… Avis aux amateurs : certains prétendent que le Cullinan faisait partie d’un diamant brut deux fois plus gros et que l’autre moitié reste à découvrir, quelque part dans le Big Hole.

 

Frédéric Lewino et Gwendoline Dos Santos Le Point Le 26/01/2012

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