6 janvier 1890 – 15 janvier 1894 | Béhanzin fut le onzième roi d’Abomey

Béhanzin né en 1845 et mort en 1906, est traditionnellement le onzième roi d’Abomey. Fils de Da-Da Glèlè Kini-Kini, Béhanzin est d’abord connu sous le nom d’Ahokponu puis de prince Kondo à partir de 1875.

Béhanzin est Roi du Dahomey du 6 janvier 1890 au 15 janvier 1894, date de sa reddition. Il décède à Blida (Alger) le 10 décembre 1906. Être sacré, il porte plusieurs titres : Dada (père de toute la communauté), Dokounnon (détenteur et dispensateur de biens), Sèmèdo (maître du monde), Aïnon (maître de la terre), Jèhossou (maître des perles), etc.

Son totem est le léopard.

Ses insignes de pouvoir sont le kataklè (tabouret tripode), les afokpa (sandales), le avotita (pagne tissé et décoré de motifs appliqués), le awè (parasol), le makpo (spetre), le so (fusil) et lehwi (sabre). Il a été marié à douze femmes et a eu probablement plus de cinquante enfants.

A l’époque, les puissances européennes se partageaient ce qui restait de l’Afrique. Grâce à son huile de palme et sa situation géographique, le Dahomey attise les convoitises de la France, du Portugal et de l’Allemagne. Le jeune roi entend préserver l’indépendance de son pays et fait monter les enchères entre les trois puissances, en essayant de les dresser les unes contre les autres. Diplomatiquement, la France se débarrasse du Portugal et de l’Allemagne et négocie avec Béhanzin Kondo des accords commerciaux et militaires.

Ce qui devait arriver arriva, aucune des deux parties n’était contente du statu quo. La guerre éclate et va durer deux ans, de 1892 à 1894. Béhanzin Kondo est défait par le général Alfred-Amédée Dodds, métis franco-sénégalais.

De retour en France, après la conquête, le général Dodds offre, en 1893, dès son arrivée à Paris à l’amiral Henri Rieunier, ministre de la marine, un cadeau amical et personnel qui est un trône monoxyle du sacre de la famille royale d’Abomey ayant appartenu au dernier roi libre Béhanzin. La forme de ce trône correspond à un style, appelé en langue fon, djandemen, généralement attribué au règne du roi Agonlgo (1789-1797).

Son passage en Martinique

Après sa reddition en janvier 1894,  les autorités coloniales décident de déporter Béhanzin sur l’île de la Martinique. Le roi déchu et sa cour embarquent à Cotonou, le 11 février 1894, à bord du croiseur Le Second.

Cette cour est composée de quelques membres de sa famille et d’alliés restés fidèles : quatre de ses épouses (Etiomi, Sénocom, Ménousoué et Dononcoué), ses trois filles (Mécougnon, Kpotassi et Abopanou) et son jeune fils Ouanilo. À leurs côtés, un parent jouant le rôle de secrétaire : Adandédjan, ainsi qu’un interprète prénommé Fanou, accompagné de son épouse Falégué.

Ils arrivent en Martinique le 30 mars 1894, reçus par le gouverneur Moracchini. Les Martiniquais, curieux, viennent nombreux accueillir le roi déchu.

Tout d’abord, ils logent au Fort Tartenson, dans un modeste bâtiment, transformé en plusieurs petits appartements. Béhanzin bénéficie d’une domesticité réduite composée d’une cuisinière et de deux servantes. Dès son arrivée, Béhanzin privilégie l’éducation de son fils Ouanilo, qu’il inscrit chez les Frères de l’instruction chrétienne de Ploërmel à Fort-de-France, puis au lycée de Saint-Pierre.

Non ! A mon destin je ne tournerai plus le dos. Je ferai face et je marcherai. Car la plus belle victoire ne se remporte pas sur une armée ennemie ou des adversaires condamnés au silence du cachot. Est vraiment victorieux, l’homme resté seul et qui continue de lutter dans son cœur.

Après quelques semaines de célébrité, entretenue par les journaux de l’époque (La Défense coloniale, Le Réveil), Béhanzin sera très vite oublié par la population.
On l’apercevait lors de manifestations, réceptions ou promenades sur l’île. Ainsi le 25 avril 1894, il reçoit l’élite de la Martinique. En octobre de la même année, il est invité à bord de la frégate Le Duquesne de passage aux Antilles. Le 3 juillet 1894, il assiste, à la Cathédrale Saint-Louis de Fort-de-France, à la cérémonie religieuse en hommage au président Sadi Carnot assassiné par l’anarchiste Caserio. Le 21 août 1895, il assiste à la cérémonie de baptême des Cloches de la cathédrale de Fort-de-France.

Le budget attribué pour les dépenses de son installation et l’entretien quotidien de sa cour est progressivement diminué. Normalement ses frais étaient payés par les autorités coloniales du Dahomey, mais le gouverneur Victor Ballot les réduisit de moitié.
Puis, Béhanzin est transféré dans une villa : la villa des Bosquets, située au-dessus de l’hôpital civil, à un bon kilomètre de Fort-de-France.

Loin des siens et de son royaume, Béhanzin continue, sans relâche, à relancer le gouvernement français pour retourner dans son pays natal. Et, tous les six mois, il adresse une lettre au président de la République, dans laquelle il explique son vœu de revoir sa terre. Il va même jusqu’à se montrer coopératif et conciliant en affirmant son attachement à la France.

Vers un retour au pays ?

Progressivement, la presse et des élus vont s’unir à sa cause pour son rapatriement. Ainsi le député guadeloupéen Gaston Gerville-Réache plaide en sa faveur, dans le journal qu’il a fondé avec Victor Schœlcher, Le moniteur des colonies. Cette lutte est relayée par Hildevert-Adolphe Lara, directeur du journal La Démocratie de la Guadeloupe. Il est rejoint par Francis de Pressensé, député du Rhône et président de la Ligue des droits de l’homme. Le gouverneur Moracchini émet également des rapports favorables pour mettre fin à l’exil de Béhanzin, mais en vain. Le gouvernement français tient compte des mises en garde de Victor Ballot, le résident en France du Dahomey.

En 1906, les autorités françaises lui accordent le droit de quitter la Martinique. Le roi et sa famille bouclent une nouvelle fois leurs valises et quittent l’île. Ils partent à bord du paquebot Le Martinique mettant le cap vers Bordeaux.

Le 17 avril 1906, Béhanzin arrive pour la première fois en France. Il débarque sous les acclamations d’une foule de journalistes et de curieux. Arrivés à Bordeaux par train, ils s’installent dans un hôtel pour se rendre, dès le lendemain, à l’Exposition coloniale de Marseille.

Le jour suivant, ils embarquent tous pour le Maghreb sur l’Eugène-Péreire. Ce voyage devient très éprouvant pour Béhanzin, car il a réalisé pas moins de deux traversées en l’espace de douze années.

Mais c’est à Alger qu’il débarque par un jour d’avril 1906 et non dans son Abomey natale. Fatigué, usé par ce voyage, et désespérant de revoir la terre de ses ancêtres, où il est toujours indésirable par les autorités françaises, il quitte rarement sa résidence de Blida.
Il y meurt sept mois plus tard, le 10 décembre 1906, enterré au cimetière Saint-Eugène. Et en 1928 seulement, le gouvernement français accorde à son fils Ouanilo, devenu avocat, que ses cendres retournent à Abomey.

Après l’indépendance du Bénin, il deviendra une figure nationale et aura droit à une grande statue. Le message marquant de son action anti-coloniale est représenté par sa statue, érigée sur la place Goho à Abomey au Bénin (anciennement Danhomè ou royaume du Dahomey) : cette statue représente Béhanzin, drapé dans son pagne royal, la main tendue vers l’avant intimant l’arrêt. Ce monument se trouvant à l’entrée de la ville d’Abomey, représente la résistance face au colon ainsi que le refus de laisser sa patrie aux mains de l’étranger.

Sa détermination et son message-testament à l’endroit des Béninois d’aujourd’hui sont symbolisés par cette sentence qu’on lui attribue :

« Le Requin se rend. Mais, les fils du Requin ne trahiront pas ».

A voir :
En 1996 est sorti en salle le film L’Exil du roi Béhanzin de Guy Deslauriers.

 

 

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