26 décembre 2017 | Angola: lancement du premier satellite de communication

Le lancement le 26 décembre d’un satellite par l’Angola viendra conclure une année faste pour l’aérospatial africain. Sept nations du continent ont désormais des engins en orbite, ce qui ne va pas sans provoquer quelques tensions au sol.
L’Angola aura le regard tourné vers les étoiles mardi 26 décembre. Le pays lancera son premier satellite de communication, Angosat, conçu par des ingénieurs russes. Preuve de l’importance de l’événement dans le pays, la télévision publique suivra en direct la trajectoire de l’appareil, lancé à travers un porte-fusée ukrainien Zenit, décollant du Kazakhstan.

L’année 2017 aura été une année intense pour l’activité spatiale africaine. Quatre nouveaux satellites appartenant à des États africains ont été lancés dans l’espace. Si le lancement du satellite angolais se déroule sans problème, le pays deviendra la 7e nation africaine à posséder un engin en orbite géostationnaire au-dessus de la terre, après le Maroc et le Ghana qui ont également lancé un appareil en 2017.

Jusqu’à cette année faste, le club des États africains possédant leurs propres satellites restait assez restreint. On en dénombrait quatre : l’Algérie, l’Égypte, le Nigéria et l’Afrique du sud.

Ces deux derniers sont les poids lourds du club et font figure de pionnier. Le Nigeria a créé son agence spatiale dès 1999, la National Space Research and Development Agency (NASRDA). Opérationnelle le 1er août 2001, elle met en orbite son premier satellite deux ans plus tard : NigeriaSat-1, construit en collaboration avec l’entreprise britannique. L’Afrique du sud, quant à elle, aura attendu 2010 pour mettre sur pied sa propre agence spatiale, la Sansa. Cependant, le premier satellite sud-africain SunSat avait été lancé en 1999, avec l’aide de la Nasa.

Le Ghana affiche son ambition

Mais le lancement d’un satellite par le Ghana en juillet fait figure de symbole. L’appareil a été entièrement fabriqué au Ghana : “Au-delà de sa fonction d’observation, ce satellite a une vocation éducative et symbolique. Il vise à donner un sentiment de fierté aux universitaires ghanéens. Le pays affiche ici son ambition, ses compétences et ses moyens”, explique Sekou Ouédraogo, président de l’African Aeronautics & Space Organisation et auteur en 2015 du livre “L’Agence spatiale africaine, vecteur de développement”, à France 24.

Pour cet ingénieur de Safran, le grand groupe industriel français spécialisé dans l’aéronautique, ce lancement historique est à relier au “discours à la jeunesse” délivré par le président ghanéen Nana Akufo-Addo, lors de la visite de son homologue français Emmanuel Macron. “Ce continent a la plus jeune population de tous les continents au monde. Donc il y a une énergie nécessaire, il y a le dynamisme”, avait notamment déclaré le chef d’État, plaidant pour une Afrique autonome montrant au reste du monde ses capacités.

Montrer que la jeunesse ghanéenne est capable de construire des satellites, c’est incarner cette vision, explique Sekou Ouédraogo. Car l’espace n’est pas seulement scientifique, mais aussi politique.”

Algérie-Maroc : un remake de la guerre des étoiles ?

Le lancement du premier satellite marocain d’observation début novembre démontre particulièrement l’aspect politique que peut revêtir la conquête spatiale. Ce Mohammed-VI-A est capable de fournir en moins de vingt-quatre heures des clichés d’une résolution allant jusqu’à 70 cm, de n’importe quel point du globe. Un engin qui aura couté 500 millions de dollars au royaume : “Avec la tension latente avec son voisin algérien, le Maroc a sans doute voulu montrer qu’il était un pays fort”, analyse l’ingénieur de Safran.

Pour Sekou Ouedraogo, ce lancement s’inscrit dans une stratégie géopolitique plus globale du pays maghrébin : “Il y a une vraie volonté marocaine de prendre la place qu’occupait la Lybie en Afrique. Le pays a réintégré l’Union africaine et veut également rejoindre la Cedeao, il y a pas mal de rachats des anciens télécoms libyens. Elle veut prendre une place stratégique dans la lutte pour le climat”, énumère l’ingénieur. “Le lancement de satellites permet de montrer à la fois que le pays a une assise financière importante, mais aussi une vision à long terme tout en étant à la pointe sur le plan technologique. C’est un message à l’Afrique et au reste du monde.”

Cependant, être le seul pays africain doté d’une telle technologie n’est pas sans attiser quelques tensions. Si officiellement, le satellite “espion” marocain doit permettre de lutter contre l’immigration clandestine ou le terrorisme, l’Algérie de son côté voit d’un mauvais œil le déploiement de cet appareil qui serait capable d’observer ses frontières, voire au-delà. Soucieuse de ne pas apparaître à la traine dans cette course à l’espace avec son voisin, l’Algérie a lancé le sixième satellite de son histoire –jcelui-ci dédié aux télécommunications – début décembre, en partenariat avec la Chine. Le gouvernement assure d’ailleurs que celui-ci a été entièrement conçu et réalisé en Algérie.

Et maintenant ?

“Le lancement de quatre satellites africains en 2017 était sans doute un hasard du calendrier, mais elle fera date”, analyse Sekou Ouédraogo. “Avec cet dynamique, de plus en plus de chefs d’États vont se tourner vers l’espace, et de plus en plus de prestataires aérospatiaux s’intéresseront au marché émergent qu’offrira l’Afrique.”

Une dynamique qui pourrait faire avancer la coopération africaine dans le domaine. En 2016, l’Union africaine était allée dans ce sens en adoptant un texte intitulé “l’African Space Policy and Strategy”, promouvant le développement des programmes spatiaux, leur soutien financier ainsi que la collaboration dans le domaine.

 

 

Source: France 24

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