11 Décembre 1958 | Burkina Faso: création de la république de Haute-Volta,

Des premières colonies à la création d’une colonie autonome

En 1888, une première expédition française atteint le territoire de l’actuel Burkina Faso, menée par le capitaine Binger ; à Ouagadougou, ce dernier est reçu par le Mogho Naaba. Deux ans plus tard, le docteur Crozat traverse à son tour la région, s’arrêtant à Bobo-Dioulasso, où la princesse Guimbi-Ouattara le reçoit, puis à Ouagadougou, où il est lui aussi reçu par le Mogho Naaba.

Le climat entre Occidentaux et indigènes se tend en 1891, avec l’expédition du capitaine Monteil, chargée de reconnaître la ligne Say – Barroua fixée par la déclaration franco-britannique du 5 août 1890 : il visite Ségou, Sikasso, mais à Ouagadougou, le Mogho Naaba refuse de le recevoir. D’autres missions suivent, notamment celles de Ménard et Beaulot en 1891-1892. En 1894, les troupes françaises entrent à Ouagadougou.

Après l’occupation de Ouagadougou le 23 décembre 1896, le Mogho Naaba accepte le protectorat des Français, qui sont engagés dans une course aux colonies avec les Britanniques. Les autres royaumes mossi lui emboîtent le pas. Tandis que se constitue l’Afrique-Occidentale française jusqu’en 1919, les territoires mossi sont rattachés à une entité dénommée Haut-Sénégal-Niger. Durant la Première Guerre mondiale, malgré une résistance à la conscription dans le Bwamu et le pays Marka, ce sont les Mossi qui fournissent l’essentiel du contingent des Tirailleurs sénégalais.

La Haute-Volta de 1919 à 1958

C’est en 1919 qu’est constituée la colonie de Haute-Volta dans le territoire de l’actuel Burkina ; elle comprend sept cercles : Gaoua, Bobo-Dioulasso, Dédougou, Ouagadougou (chef-lieu), Dori, Say et Fada N’Gouma. Cependant, plusieurs éléments rendent l’autonomie de la Haute-Volta problématique : d’une part, les colonies voisines convoitent ce réservoir de main d’œuvre, et la colonie manque d’un accès à la mer ; d’autre part, l’administration coloniale doit restreindre ses frais de fonctionnement. C’est pourquoi, en septembre 1932, la Haute-Volta est dépecée au profit du Soudan français (actuel Mali), de la Côte d’Ivoire et du Niger, en dépit des protestations du Mogho Naaba. Cependant, après les services rendus pendant la Seconde Guerre mondiale, la Haute-Volta fut reconstituée en 1947 ; le Mogho Naaba Kom, plus important chef traditionnel burkinabé, entreprend de nombreuses démarches pour obtenir cette mesure, écrivant notamment au président de la République Vincent Auriol.

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La création de nouvelles infrastructures politiques contribuent à associer les autochtones à la gestion du territoire. Les premiers conseils municipaux sont élus, ainsi qu’une Assemblée territoriale ; des représentants sont envoyés auprès du Parlement métropolitain (à l’Assemblée nationale : Gérard Ouedraogo, Joseph Conombo, Nazi Boni, Henri Guissou, Mamadou Ouedraogo), de l’Assemblée de l’Union française et du Grand Conseil de l’AOF. Le 31 mars 1957, la nouvelle Assemblée territoriale est élue au suffrage universel, et désigne un gouvernement de douze membres. Ouezzin Coulibaly, député de Côte d’Ivoire mais originaire de Haute-Volta, est élu vice-président, puis président de ce gouvernement, mais meurt le 7 septembre 1958. Maurice Yaméogo, soutenu par Félix Houphouët-Boigny1 et l’UDV (Union démocratique voltaïque) lui succède. Le 17 octobre, le Mogho-Naaba fait rassembler plusieurs centaines de personnes devant le palais de l’Assemblée territoriale, en vue d’établir une monarchie constitutionnelle, sans succès.

Vers l’indépendance

La Communauté française, proposée par référendum le 28 septembre 1958, est acceptée par 99,5 % des votants, et 75 % des inscrits. Le 11 décembre de la même année, la République voltaïque est proclamée, et adhère aussitôt à la Communauté. En 1959, la République devient autonome, et se retire dès le mois de mars du projet de Fédération du Mali qui réunissait la Haute-Volta, le Soudan français, le Dahomey et le Sénégal.

L’Assemblée territoriale de 1957 devient Assemblée constituante et élabore une Constitution, adoptée par référendum le 15 mars 1958 – on observe cependant à cette occasion des divergences géographiques : les électeurs de l’Est du pays approuvent majoritairement le projet, tandis que ceux de l’Ouest, plus intéressés par le projet de fédération, sont plus nombreux à voter « non »2.

Aux élections législatives du 19 avril 1959, le Rassemblement démocratique africain (RDA) arrive très largement en tête avec 70 % des suffrages, et occupe 65 des 75 sièges de l’Assemblée puis 71 à la suite de désistements : le PRA, très minoritaire, disparaît peu après. Le sénateur Koné Begnon est élu président de l’Assemblée, et Maurice Yaméogo, qui avait succédé à Ouezzin Coulibaly à la tête du gouvernement, devient président du Conseil des ministres.

Après une période de relative instabilité, l’autorité de l’État est peu à peu rétablie. Yaméogo renforce son autorité en étant élu à la tête du Rassemblement démocratique africain le 30 décembre 1959 ; le 5 août 1960, la Haute-Volta obtient l’indépendance.

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