5 décembre 1952 | Tunisie: le syndicaliste Farhat Hached est assassiné

Il y a 65 ans, on a assassiné Farhat Hached. Militant politique, fondateur de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), les Tunisiens gardent en mémoire une figure emblématique du syndicalisme et un héros du mouvement national pour l’indépendance.

Un leader syndical et politique

Fils de marin, originaire de l’île de Kerkennah, employé dans une société de transport à 26 ans, il prend l’initiative en 1944, avec d’autres syndicalistes, de fonder un syndicat tunisien autonome. Il commence par “l’Union des syndicats libres du Sud” à Sfax avant de créer en 1945 l’Union des syndicats indépendants du Nord, à Tunis .

De cette fusion est née l’Union générale tunisienne du travail, lors du congrès du 20 janvier 1946. À 32 ans seulement, il est élu à l’unanimité premier secrétaire général de la nouvelle centrale.

Dès le départ, il place le nationalisme au cœur des revendications de l’UGTT. Les appels à l’indépendance commencent à apparaître lors de la première grève générale décrétée par le syndicat, en août 1947, contre la présence coloniale française. A l’époque, la répression féroce du régime colonial avait fait 26 morts.

De leader syndical, Farhat Hached devient un leader du mouvement de libération nationale. Il s’attèle alors à améliorer les relations de l’UGTT avec les partis politiques tunisiens. En 1951, au cours du quatrième congrès de l’UGTT, il présente le programme économique de la future Tunisie indépendante.

Très vite, Farhat Hached acquiert une grande notoriété sur le plan international, aussi bien en tant que fervent défenseur des droits des travailleurs et également en tant que militant anticolonialiste.

L’assassinat

En janvier 1952, après l’arrestation de plusieurs leaders de l’indépendance, dont Habib Bourguiba, Farhat Hached se retrouve en première ligne et prend la tête du mouvement de libération.

Mais l’activisme du syndicaliste dérange plusieurs groupuscules extrémistes français. La Main Rouge, une milice colonialiste soupçonnée d’être en lien avec les services secrets français, menace de mort le syndicaliste. Il devient alors l’homme à abattre en raison du danger qu’il représente pour les intérêts de la colonisation française en Afrique.

Le 5 décembre 1952, des inconnus ouvrent le feu sur sa voiture sur la route de Radès. Blessé à l’épaule et à la main, il est pris dans une première voiture pour être secouru. Cependant, ses assaillants arrivent dans un deuxième véhicule, et l’achèvent d’une balle dans la tête. Son corps sera retrouvé sur la voie publique, à quelques kilomètres de là.

A l’annonce de sa mort, une série de manifestations et d’émeutes a lieu dans plusieurs villes du pays mais aussi à l’étranger comme en Egypte, au Maroc, en Algérie et en Inde.

La famille de Farhat Hached porte plainte contre la France

Mais l’enquête judiciaire se perd dans des instructions mal menées, sans avoir déterminé avec certitude la responsabilité de l’assassinat. En 1955, une enquête ouverte par le Résident général Hautecloque avait abouti à un simple non-lieu.
Et à l’indépendance, la France rapatrie les archives liées à l’investigation, empêchant ainsi la justice tunisienne d’ouvrir une procédure.

Or, selon les archives remis à la famille de Farhat Hached par le président François Hollande lors de sa visite d’État en Tunisie en juin dernier, un commando était venu spécialement de France pour surveiller le leader syndical.

Aujourd’hui, la famille porte plainte contre la France auprès de la cour européenne des Droits de l’Homme. Les documents prouveraient, selon elle, l’implication de l’Etat français dans l’assassinat du syndicaliste tunisien.

“Ils n’auraient pas pu bouger sauf autorisation de leur Etat, de leur gouvernement”, a déclaré le fils du syndicaliste Noureddine Hached, à la radio Mosaïque FM.

 

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