26 octobre 1972 | Bénin : Coup d’Etat de Mathieu Kérékou; 45 ans après, le mystère persiste

Le 26 octobre 1972, un groupe de jeunes officiers de l’armée dahoméenne (actuel Bénin)  avec à leur tête le commandant Mathieu Kérékou, renversait par un coup d’Etat et sans effusion de sang, le président alors au pouvoir, Justin Tometin Ahomadegbé.  45 ans après cet incident qui a changé brutalement les destinées du Bénin, les versions s’enchaînent mais le mystère persiste encore sur tous les acteurs de ce mélodrame.

Trois ans après son accession à la souveraineté internationale, le Dahomey ( actuel Bénin) est entré dans un cycle d’instabilité avec le premier coup d’Etat qui a renversé en 1963, Hubert Maga, premier président du Dahomey.  Cette instabilité durera 9 ans avant que le 26 octobre 1972, un groupe de jeunes officiers avec à leur tête, le commandant, Mathieu Kerekou ne mette fin à ce cycle en déposant sans effusion de sang le président  Justin Ahomadegbé ; ce dernier avait entamé, 5 mois plus tôt, son mandat dans le cadre du conseil présidentiel.

Les versions sont abondantes et  multiformes sur les vrais acteurs du coup d’Etat militaire du 26 octobre 1972 et leurs rôles respectifs  dans le succès de ce putsch qui changera radicalement l’histoire politique du Bénin.  Quelles que soient les versions, les noms de trois personnages apparaissent invariablement dans ce coup d’’Etat. Il s’agit du commandant Mathieu Kerekou et de deux jeunes capitaines, Janvier Assogba et Michel Aïkpé.

Si le premier des acteurs Mathieu Kerekou était à l’époque le Chef d’Etat-major adjoint des Forces armées béninoises, les deux autres étaient réputés comme de fougueux et influents  jeunes officiers au sein des Forces armées béninoises.

Cheville ouvrière du coup,  c’est le capitaine Janvier Assogba  à la tête  du sous Groupement d’appui de Ouidah qui avait dirigé personnellement avec une vingtaine de ses hommes cette expédition qui lui permit d’encercler le palais de la présidence de la république et de capturer  sans bavure, le président Justin Ahomadegbé. Dans une interview accordée à nos confrères de Nouvelle Tribune en 2015, au lendemain du décès le 14 octobre 2015 du Général Mathieu Kerekou , le capitaine Janvier Assogba  avait levé un coup de voile sur ce coup d’Etat.

‘’Ce plan a été conçu par moi. Je n’ai consulté personne avant d’agir. Même Aïkpé, si mes souvenirs sont exacts, m’a rejoint quelques  heures avant le coup. Quant à Michel Alladayé, il n’a eu aucune  implication dans ce coup. Janvier Assogba nie également toute responsabilité du Général Mathieu Kérékou, même s’il reconnait qu’il est allé le voir pour lui parler de la situation et lui demander d’agir…le secret de la réussite de ce coup d’Etat, c’est que personne n’en était informé. J’ai gardé le secret pour moi seul, jusqu’au dernier moment. Même mes hommes ne savaient pas ce jour qu’on allait renverser le pouvoir’’, avait confié le colonel Janvier Assogba à la presse au cours de cet entretien.

Une chose est évidente, c’est qu’après le succès de ce coup d’Etat, c’est au commandant Mathieu Kerekou qu’échoit le privilège de prendre les rênes du gouvernement militaire qu’il gardera pendant 17 ans.

Cette version venant du principal acteur de ce putsch, le colonel Assogba, reste la plus vraisemblable bien qu’elle puisse porter par endroits le vernis de ses frustrations  envers Kerekou et des épreuves qu’il a subies. Arrêté et jeté en prison  pour tentative de putsch contre le gouvernement  militaire du commandant Mathieu Kerekou, moins de quatre ans après le coup d’Etat du 26 octobre 1972, Janvier Assogba garde cette amertume dans son cœur.

Beaucoup d’autres grandes figures ayant été mêlé de près ou de loin au coup d’Etat du 26 octobre 1972 n’ont pu laisser de témoignages avant leur mort. Le seul après le Colonel Janvier Assogba qui a laissé de mémoires sur cet épisode de l’histoire récente du Bénin, c’est bien le Lieutenant-colonel, Philippe Akpo. Janvier Assogba lui-même le cite comme un de ses hommes qui étaient au front dans ce coup du 26 octobre 1972.

Quid du Général Mathieu ?

Le président Mathieu n’a pas laissé de mémoires avant sa mort. Grande figure du coup d’Etat du 26 octobre 1972,  il reste l’acteur central, le seul en mesure de restituer la bonne version des faits ou de sourire en face des affabulations sur les mêmes événements. Le général kerekou, homme mystérieux s’en est allé le 14 octobre 2015, emportant dans la tombe les secrets liés au coup d’Etat du 26 octobre 1972 mais aussi avec de grands pans de l’histoire contemporaine du Bénin.

Bien d’autres mystères persistent aussi en dehors du coup d’Etat du 26 octobre 1972 ; il y a l’assassinat du capitaine Michel Aïkpé, l’un des acteurs du coup d’Etat qui a porté le Général Mathieu Kerekou au pouvoir. Là aussi, les versions se multiplient sauf celle de feu Général qui a toujours manqué pour démêler cet écheveau.

 

Bernadin MONGADJIS

 

 

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