Les débuts sanglants du colonialisme capitaliste anglais en Afrique du sud

 La découverte des contrées aurifères et argentifères de l’Amérique, la réduction des indigènes en esclavage, leur enfouissement dans les mines ou leur extermination, les commencements de conquête et de pillage aux Indes orientales, la transformation de l’Afrique en une sorte de garenne commerciale pour la chasse aux peaux noires, voilà les procédés idylliques d’accumulation primitive qui signalent l’ère capitaliste à son aurore. »

Karl Marx, Le Capital – Livre premier, L’accumulation primitive

L’Afrique du sud (y compris le Zimbabwe) est, avec l’Inde et l’Amérique, l’une des colonies qui a le plus enrichi la bourgeoisie anglaise, nourrissant ses banques, ses spéculateurs, des compagnies minières et commerciales. Aucun grand capitaliste de l’époque qui n’ait plus ou moins gagné d’argent sur le dos des exploités sud-africains. Mais la mainmise de la couronne d’Angleterre sur cet immense et riche territoire n’a pas été sans luttes et sans guerres. La concurrence a été rude, en particulier avec les colons hollandais, les « boers », et avec les royaumes africains. Car le territoire était très loin d’être inoccupé et les colonisateurs savaient parfaitement bien que les peuples africains y avaient connu plusieurs civilisations prospères et, même, ils s’appuyaient sur cette connaissance pour penser que des mines d’or étaient présentes et très riches. Cela ne les empêchait pas, bien entendu, de traiter les Africains comme des sauvages ou comme des enfants, de les massacrer allègrement. L’empire anglais était bien décidé à mettre cet immense et riche territoire sous sa coupe et s’en était donné les moyens, appuyant politiquement, financièrement et militairement les initiatives d’un Cecil Rhodes… Tout le pouvoir d’Etat de la royauté anglaise s’est mis au service de cet objectif et l’efficacité a été au rendez-vous, sans crainte de couvrir ainsi des horreurs sanguinaires, l’hypocrisie morale de l’époque victorienne (celle de la reine Victoria) couvre tous ces crimes d’un voile de respectabilité !

Tout a commencé avec les explorateurs, les Stanley et Livingstone, suivis des aventuriers, bandits conquérants, comme Jameson ou Cecil Rhodes, prêts à tout, à tous les crimes, à toutes les actions armées, à tous les engagements mensongers avec les chefs traditionnels africains, à tous les échanges pourris pour mettre ce territoire sous sa coupe, avec la caution de la royauté anglaise. Les grands profiteurs de l’époque ont pour nom la Compagnie Impériale d’Afrique du sud, la Barclays Bank, la Bank of Scotland, et bien d’autres grands profiteurs et exploiteurs.

Les débuts de la course à l’Afrique du sud sont pleins d’annonces spectaculaires de profits extraordinaires, comme l’exploitation des mines de diamant de Kimberley.

Mais la conquête anglaise devait d’abord se heurter aux Noirs avant de se heurter aux autres colonialismes européens…

Éleveurs, les Bantous sont aussi des agriculteurs, maîtrisant, entre autres cultures, celle des céréales. Ils travaillent aussi le fer et vivent dans des villages. Ce sont les ancêtres des peuples parlant les langues nguni, xhosa, zoulou et diverses autres. Les Xhosas sont les seuls à être organisés en État.

Au nord, dans la vallée du fleuve Limpopo et de la Shashe, s’établit un premier royaume indigène régional à partir du xe siècle. Économiquement fondé sur l’extraction de l’or et le commerce de l’ivoire, la position stratégique de ce royaume de Mapungubwe permet à ses habitants de commercer via les ports d’Afrique de l’Est avec l’Inde, la Chine et le sud de l’Afrique. Ce royaume prospère est alors le plus important lieu de peuplement à l’intérieur des terres de l’Afrique subsaharienne. Il le demeure jusqu’à sa chute à la fin du xiiie siècle, le régime étant renversé par l’insurrection populaire et le système d’exploitation abandonné, amenant les habitants à se disperser. Le siège du pouvoir royal se déplace alors au nord vers le Grand Zimbabwe et vers Khami.

Lorsque les Néerlandais débarquent, la péninsule du Cap est habitée des Khoïkhoï et des San, peu nombreux, que les Hollandais baptisent du nom de Hottentot (bégayeur). Dans le reste de l’Afrique du Sud, les peuples Sothos occupent alors les hauts plateaux au sud du fleuve Limpopo (actuelle province du Limpopo), les Tsongas vivent dans l’est (actuel Mpumalanga) tandis que les peuples Ngunis (Zoulous, Xhosas et Swazis) se partagent la région méridionale à l’est de la Great Fish River, à 1 500 km à l’est du Cap.

Durant les premières années de cohabitation avec les Néerlandais, les Khoïkhoïs sont bien disposés à l’égard des nouveaux arrivants. Des relations commerciales se nouent. Les Bochimans échangent leur bétail contre toutes sortes d’objets manufacturés hollandais. Une partie d’entre eux est néanmoins décimée par la variole, apportée par les Européens.

En 1657, van Riebeeck recommande que les hommes libérés de leurs obligations vis-à-vis de la compagnie, soient autorisés à commercer et à s’installer comme citoyens libres. En février 1657, les premières autorisations d’établissement sont délivrées à neuf ex-salariés de la compagnie, qui reçoivent le titre de burgher (citoyen libre). Les Burghers sont autorisés à cultiver la terre pour y planter du blé et des vignes. Des parcelles de terres leur sont attribuées, spoliant les Khoïkhoïs qui y vivaient. Privés de leurs meilleurs pâturages, ces derniers tentent de vendre des bêtes malades aux burghers. Les relations dégénèrent et, en février 1659, les Khoïkhoïs, fédérés sous l’autorité du chef Doman, assiègent les Néerlandais, obligés de se retrancher dans le fort de Bonne Espérance. La contre-attaque de ces derniers décime les assaillants, réduits en esclavage ou refoulés vers le nord.

Entre 1657 et 1667, plusieurs expéditions sont organisées pour reconnaître l’intérieur des terres. Quand van Riebeeck quitte le territoire en 1662, le comptoir commercial du Cap compte 134 salariés de la Compagnie des Indes Orientales, 35 colons libres, 15 femmes, 22 enfants et 180 esclaves déportés de Batavia et de Madagascar. La colonie est très hiérarchisée, les fonctionnaires de la compagnie des Indes se trouvant au sommet de l’ordre social et politique.

En 1679, Simon van der Stel est nommé commandeur de la ville du Cap. Sous son impulsion, Le Cap devient une colonie de peuplement. Des immigrants néerlandais, allemands, danois, suédois, fuyant la misère et les atrocités commises lors de la guerre de Trente Ans, se joignent aux Burghers. Le territoire que van der Stel doit administrer s’étend de la région du Muizenberg sur l’océan Indien aux montagnes de Steenberg et de Wynberg. Il entreprend de développer l’agriculture en concédant des terres aux burghers, que l’on commence à appeler Boers, afin de développer les cultures et fait planter plus de huit mille arbres.

En 1685, le groupe de 800 colons est rejoint par 200 huguenots chassés de France par la révocation de l’édit de Nantes. Simon van der Stel leur concède des terres riches en alluvions dans les vallées d’Olifantshoek et de la rivière Berg.

En 1713 et 1755, deux épidémies de variole ravagent la colonie, tuant un millier de Blancs mais décimant les peuples Khoïkhoï. Au bout de 60 ans de nomadisme et de progression ininterrompue, les Trekboers se retrouvent bloqués au nord par l’aridité extrême du Namaqualand, au nord-est par le fleuve Orange où les tribus San leur opposent une forte résistance, déterminés à sauvegarder leur territoire de chasse, et à l’est, où les Trekboers atteignent la Great Fish River, à 1 500 km de la cité-mère, et se heurtent à des peuples bantous, en l’occurrence de puissantes chefferies Xhosas. En 1779, les premières escarmouches ont lieu entre Boers du Zuurveld (en aval de la Fish River) et tribus indigènes Xhosas pour la possession de bétail dans les zones frontalières (première guerre Cafre). En 1780, le gouverneur néerlandais, Joaquim van Plettenberg, fixe alors la frontière est de la colonie du Cap à la rivière Great Fish et à la rivière Gamtoos. Mais les années qui suivent sont marquées par de multiples guerres de frontières.

Le Royaume-Uni conquiert la région du cap de Bonne-Espérance en 1797 pendant les guerres anglo-néerlandaises.

En 1806, la colonie est de nouveau occupée par le Royaume-Uni à qui elle est officiellement annexée en 1814 après le traité de Paris.

La colonie britannique est alors établie avec 25 000 esclaves, 20 000 colons blancs, 15 000 Khoï et San et 1 000 esclaves noirs libérés. Comme les Néerlandais, les Britanniques voient le Cap comme un point stratégique de ravitaillement, non pas comme une colonie. Les relations avec les Boers ne sont pas meilleures que durant la précédente administration.

En 1807, la colonie du Cap est rattachée au Colonial Office, représentée localement par un gouverneur.

En 1820, près de 5 000 colons britanniques débarquent au sud-est du Cap. et fondent la ville de Port Elizabeth, à la frontière des territoires Xhosas. L’idée est de créer une zone tampon entre les fortifications du Cap et les territoires Xhosas. Cette stratégie échoue et, dès 1823, la moitié des colons s’est retirée dans les villes, notamment Grahamstown et Port Elizabeth.

Le fossé entre les Britanniques et les Boers s’élargit ; les premiers dominent la politique, la culture et l’économie et les seconds sont relégués dans les fermes.

Au début du xixe siècle, les Zoulous sont une petite chefferie lignagère composée d’environ 2 000 personnes, vivant sur les rives du fleuve Umfolozi, dans l’actuelle province du KwaZulu-Natal. Deux puissances se partagent à l’époque le pouvoir dans la région, la confédération dirigée par le roi Dingiswayo, chef de la tribu des Mthethwa et la grande tribu des Ndwandwe du chef Zwide.

En 1816, à la mort du chef zoulou Senzangakhona, son fils illégitime, Shaka, parvint à évincer ses frères et à prendre la tête de la chefferie. Shaka avait été auparavant un brillant officier de Dingiswayo et à la mort de celui-ci, il lui succède, prenant en 1818 la tête de la confédération formant la nation des Ngunis-Amazoulou, « ceux du ciel ».

Shaka conquiert en quatre années un territoire plus vaste que la France, au prix de véritables massacres et de nettoyages ethniques. Seuls les clans qui font allégeance au chef zoulou échappent à la destruction.

Entre 1816 et 1828, Shaka constitue ainsi un vaste empire. Tous les clans, entre les montagnes Drakensberg et le sud de la rivière Tugela, sont ainsi soumis à Shaka, de gré ou de force. Les indociles fuient vers le nord, dispersant sur leur passage les Sothos et les Tsongas, provoquant ainsi de très profonds bouleversements dans toute l’Afrique australe.

L’arrogance des autorités britanniques finit de convaincre des milliers de Trekboers de choisir l’émancipation du pouvoir colonial et de s’exiler à l’intérieur des terres pour y fonder une république boer indépendante.

Optant pour un nouveau départ vers l’intérieur des terres, quelque 4 000 Boers embarquent pour l’inconnu à bord de leurs chars à bœufs, avec femmes, enfants et serviteurs. Les premiers groupes organisés quittent les régions et villes du Cap, de Graaff-Reinet, de George et de Grahamstown, avec à leur tête, des chefs élus par leurs communautés comme Andries Pretorius, Louis Trichardt, Hendrik Potgieter et Piet Retief. Le nombre de ces pionniers s’élève à plus de 14 000 dans les dix années qui suivent. On les appelle les Voortrekkers.

Les convois menés par Hendrik Potgieter et Gert Maritz se heurtent aux guerriers de Mzilikazi. Celui-ci est défait lors de la bataille de Vegkop et s’enfuit avec ses ndébélés au nord du fleuve Limpopo, où il fonde le Matabeleland. Après avoir repoussé plus au sud les Sothos de Moshoeshoe dans les montagnes de l’actuel Lesotho, les Boers proclament la création de la république des Voortrekkers à Potchefstroom, mais les conditions de vie les poussent à redescendre vers le Natal.

La confrontation lors de la bataille de Blood River, entre 500 Boers repliés derrière leurs chariots rangés en cercle (laager) et 10 000 guerriers zoulous, se solde par une véritable hécatombe zouloue, colorant de leur sang la rivière Ncome dorénavant connue sous le nom de Blood River, alors que les voortrekkers n’ont que quelques blessés. Cette victoire conforte la foi des Boers en leur destin biblique. Ils occupent emGungundlovu, qui fait office de capitale zouloue. Ils reconnaissent Mpande, le demi-frère de Dingane, comme roi des Zoulous, avec qui ils s’allient pour défaire les régiments de Dingane. Celui-ci s’enfuit vers le nord, où il est tué par les Swazis. Quant à Mpande, qui maintiendra l’unité du royaume zoulou pendant trente ans, il cède la moitié du Natal aux Voortrekkers qui y proclament la république de Natalia.

Craignant que les Boers ne développent des relations avec des puissances étrangères, les Britanniques envoient un corps expéditionnaire au Natal en 1842, ce qui aboutit à l’annexion de la région le 12 mai 1843 par les Britanniques.

Les Boers reprennent alors leur grand trek vers le Nord, au-delà des fleuves Orange et Vaal, rejoignant des communautés déjà établies mais ils se heurtent encore aux Gricquas, des métis khoïkhoï, et aux Sothos de Moshoeshoe.

Sur la frontière orientale de la colonie du Cap, les escarmouches entre colons boers et Xhosas sont de plus en plus violentes. En 1834, un chef de haut rang Xhosa est tué lors d’un raid des commandos boers. Une armée de 10 000 guerriers, franchit alors la frontière orientale de la colonie, procède à un pillage systématique des fermes et abat tous ceux qui résistent. Un contingent militaire britannique est alors envoyé dans la région sous le commandement du Colonel Harry Smith en janvier 1835. Pendant neuf mois, de sévères combats opposent troupes britanniques et guerriers Xhosas. Le 10 mai 1835, la région située en amont de la rivière Keiskamma et en aval de la rivière Kei, est annexée à la colonie du Cap sous le nom de province de la Reine Adélaïde, en hommage à l’épouse du Roi Guillaume IV. Cependant, le secrétaire d’état aux colonies exige que la région soit restituée aux indigènes et en 1836, les troupes britanniques se retirent de la zone tampon pour s’établir près de la rivière Keiskamma.

En mars 1846, une nouvelle guerre Cafre est déclenchée sur la frontière orientale et se conclut par la défaite des guerriers Xhosas. Le district de la Reine Adélaide est déplacé à King William’s Town et devient la Cafrerie britannique, administrée séparément de la colonie du Cap en tant que possession de la Couronne britannique.

Le 24 décembre 1850, les Xhosas se soulèvent de nouveau. Les colons établis dans les villages frontaliers sont attaqués par surprise, la plupart sont tués et leurs fermes incendiées. Le conflit débouche finalement sur une nouvelle défaite Xhosa en 1853. La Cafrerie britannique change alors de statut pour devenir une colonie de la Couronne.

En 1866, tout le territoire de la cafrerie britannique est incorporée à la colonie du Cap pour former les districts de King William’s Town et de East London.

Après l’annexion du Natal par les Britanniques au début des années 1840, l’épopée boer recommence pour atteindre son apogée dans les années 1852-1854 avec la création des deux républiques indépendantes, la Zuid Afrikaansche Republiek (« République sud-africaine ») au Transvaal et l’Oranje Frystaat (« État libre d’Orange »), reconnues par les Britanniques par le Traité de Sand River.

L’intérêt économique nouveau et considérable que représentaient pour la Grande-Bretagne les territoires occupés par les deux Républiques boers et en particulier le Transvaal, l’amena à tout faire pour briser leur résistance. C’était l’époque de la conquête coloniale du continent africain et de son dépeçage par les puissances européennes. Les Portugais étaient présents au Mozambique, au nord-est du Natal et du Transvaal, en bordure de l’Océan Indien, tandis que l’Allemagne de Bismarck avait mis la main sur le territoire du Sud-Ouest africain, l’actuelle Namibie.

Un élément a été crucial dans l’intérêt de l’Angleterre pour l’Afrique du sud, c’est la découverte de minéraux, tout d’abord de diamants dans le Griqualand en 1867 et à Kimberley en 1870, puis d’or dans le Transvaal en 1886. Cinq ans après la découverte du Griqualand, les exportations de diamants s’élevaient à plus de 1,6 million de livres sterling. En 1880, elles étaient passées à plus de 5 millions de livres sterling, représentant à elles seules plus que toutes les autres exportations sud-africaines réunies. Déjà, avant 1899, la firme De Beers Consolidated Mines Ltd avait entrepris de « faire des mines un secteur moderne fortement concentré et largement doté en capital, employant à cette fin les techniques les plus nouvelles et établissant un monopole mondial des ventes par l’intermédiaire du Diamond Syndicate de Londres », de sorte que la valeur des exportations de diamants continua de monter, atteignant environ 10 millions de livres en 1905 et plus de 15 millions en 1910. Quant aux mines d’or, découvertes en 1886, elles connurent une croissance plus rapide encore. Dès 1890, l’or était devenu la principale exportation de l’Afrique du Sud, qui en vendit cette année-là pour une valeur de 10 millions de livres sterling, chiffre qui passa à 25 millions de livres en 1905 pour atteindre 45-50 millions de livres en 1910. L’expansion de ce secteur eut en Afrique du Sud des conséquences véritablement extraordinaires dans tous les domaines.

D’une part, sur le plan politique, la découverte des mines de diamants fut à l’origine de l’annexion de la zone de Kimberley, puis, en 1877, du Transvaal même, et enfin, en 1879, après la cuisante défaite essuyée par les Britanniques à Isandhlwana, de la conquête du Zululand. Elle contribua également, en 1881, au déclenchement de la première guerre anglo-boer, qui se solda par la victoire des Boers. De même, la découverte de l’or conduisit à l’annexion de tous les États africains situés au sud du Limpopo, au raid opéré en 1896 par Jameson et enfin, en 1899, à la deuxième guerre anglo-boer qui déboucha, en 1910, sur la création de l’Union sud-africaine.

Un homme incarne cette volonté de la bourgeoisie anglaise de conquête de tout le sud de l’Afrique, c’est Rhodes.

Cecil John Rhodes (5 juillet 1853 – 26 mars 1902) est un homme d’affaires, magnat des mines, homme politique et philanthrope britannique. Fondateur de la British South Africa Company et de la compagnie diamantaire De Beers, il est premier ministre de la colonie du Cap en Afrique du Sud de 1890 à 1896.

C.J. Rhodes réalise ses premiers profits par la vente de matériels et de denrées alimentaires, avec lesquels il rachète progressivement les concessions minières à des prospecteurs qui ne trouvent rien et qu’il rassemble en une concession unique. Il tisse également un réseau de relations d’affaires avec les diamantaires influents de Kimberley avec lequel il s’engage à travailler. Parmi ses hommes figurent Charles Rudd, Barney Barnato, Alfred Beit, Leander Starr Jameson ainsi que John X. Merriman. C’est à Charles Rudd que Rhodes confie ses intérêts financiers à Kimberley en 1873 quand il retourne en Angleterre pour compléter ses études au Oriel College à Oxford.

À partir de 1885, toutes les mines de diamants de la région de Kimberley lui appartiennent à quelques exceptions près.

En mars 1888, après avoir triomphé de son unique rival, Barney Barnato, Rhodes forme l’entreprise De Beers Consolidated Mines contrôlant 90 % de la production mondiale de diamants. Il investit également dans la Niger Oil Company au côté de Charles Rudd et fonde Rhodes Fruit Farms dans le district viticole de Stellenbosch où il achète plusieurs fermes dont notamment les domaines viticoles de Rhone et Boschendal. Rhodes passe alors plusieurs mois du printemps 1889 à rassembler des soutiens à sa cause dans le West End, la Cité de Londres mais aussi dans les propriétés rurales de l’aristocratie foncière. Il parvient ainsi à rallier des personnalités influentes comme Harry Johnston et à recevoir celui de la presse britannique pour la création d’une compagnie à charte dans le centre-est de l’Afrique. Le 29 octobre 1889, près d’un an jour pour jour après la signature de la concession Rudd, la nouvelle compagnie de Rhodes, la British South Africa Company (BSAC ou « Compagnie britannique d’Afrique du Sud »), reçoit officiellement la charte royale de la part de la reine Victoria garantissant la légitimité de la concession par la Couronne britannique. La charte, accordée pour une durée de 25 ans, donne à la BSAC l’autorisation d’exploiter la concession et lui attribue tous les pouvoirs similaires à ceux des compagnies d’Afrique de l’Est, du Niger et de Nord-Bornéo. La zone d’opération de la BSAC est cependant définie de manière extrêmement vague : elle a le droit d’opérer au nord du Bechuanaland et du Transvaal et à l’ouest du Mozambique portugais mais les limites septentrionale et occidentale ne sont pas indiquées. La Compagnie est enfin rendue responsable du maintien de la paix et de l’ordre dans ses territoires et a non seulement ainsi l’autorité pour entretenir des forces de police mais aussi pour missions d’abolir l’esclavage, d’interdire la vente d’alcool aux autochtones et de protéger les traditions locales.

Si Cecil Rhodes est désormais un homme riche, l’argent n’est pas pour lui une finalité mais un moyen au service d’une grande ambition : la suprématie de la Grande-Bretagne.

Cecil Rhodes ambitionnait la réalisation d’un vaste empire britannique allant du Cap au Chic Mais le Transvaal recherchait un soutien du côté de l’Allemagne contre les prétentions britanniques. C’était là une raison supplémentaire et urgente pour l’impérialisme anglais de préparer la guerre contre le Transvaal et l’Orange. Ce fut la guerre des Boers.

En 1894, plusieurs banques anglaises sont nées en liaison avec les profits fabuleux du colonialisme anglais en Afrique.

En Afrique occidentale, la première banque fut lancée en 1894.

Il s’agissait de la Bank of British West Africa, qui fut suivie, en 1926, par la Barclays Bank (Dominion, Colonial and Overseas). Ces deux institutions eurent le monopole des activités bancaires en Afrique occidentale britannique pendant toute la période coloniale. Quant à l’Afrique orientale et à l’Afrique centrale, elles devinrent le fief de la National Bank et de la Grindlay’s Bank.

Ces banques eurent une action préjudiciable au développement économique des colonies pour trois raisons essentielles. D’abord, elles investissaient tous leurs capitaux, y compris les économies des Africains eux-mêmes, en Angleterre, favorisant ainsi la formation de capital et, par conséquent, le développement économique dans le pays riche qu’était la métropole, aux dépens de ses colonies déjà pauvres. Mais il y a plus grave encore : des recherches récentes ont montré qu’en matière de prêts tous ces établissements appliquaient une politique discriminatoire à l’égard des entrepreneurs africains et favorable aux Britanniques et aux Asiatiques. Enfin, la banque étant devenue l’apanage des Européens, les Africains se virent refuser la possibilité d’acquérir une formation et de l’expérience dans ce domaine vital.

La guerre commença en octobre 1899. Elle fut menée avec tous les moyens d’une grande puissance industrielle comme l’Angleterre. Ceux qui la conduisirent du côté anglais tuent d’ailleurs deux vétérans des massacres coloniaux : Lord Kitchener qui venait d’écraser les populations du Soudan, et Lord Roberts qui venait de l’Armée des Indes. Ce fut une guerre coloniale menée avec la même férocité que celle dont les armées anglaises – comme d’ailleurs les armées françaises ou allemandes avaient fait preuve dans les précédentes guerres de conquête en Afrique ou ailleurs, la différence étant que cette guerre se menait cette fois contre une population blanche de souche européenne.

La guerre dura deux ans et demi, au cours desquels la population opposa une résistance acharnée. Les paysans boers menèrent contre l’armée anglaise une lutte de guérilla. Pour en venir à bout, les Anglais coupèrent les combattants boers de leurs arrières. Les troupes incendièrent systématiquement les fermes et les cultures, massacrèrent les troupeaux et procédèrent à la rafle des femmes, des vieillards et des enfants qu’ils rassemblèrent dans des campements de fortune gardés militairement. Les Anglais appelèrent ces camps « camps de concentration ». Le mot était promis à un grand avenir !

Dans un pays dévasté par la politique de la terre brûlée, les Boers épuisés capitulèrent le 31 mai 1902. 4 000 d’entre eux étaient morts au combat et 1 100 avaient été déportés dans de lointaines colonies anglaises. 28 000 personnes étaient mortes de maladie dans les camps, dont 22 000 enfants, dans un pays où les Boers étaient, avant la guerre, sans doute moins de 500 000.

L’impérialisme anglais avait ainsi écrasé dans le sang les velléités d’indépendance des Républiques boers. L’ensemble de l’Afrique du Sud devint une colonie anglaise. Au sein de la population blanche de cette colonie, il subsistait deux groupes bien distincts : la population de langue et d’origine anglaise, formée des immigrants arrivés à la fin du 19e siècle d’une part, et d’autre part la population boer. La guerre des Boers contribua à faire que cette population boer se sentit soudée, acquit une conscience nationale, ressentit une haine durable pour l’Angleterre qui représentait pour elle le colonialisme et la conquête étrangère. Il y eut un nationalisme « boer », un peuple « boer » qui se nomma aussi « afrikaner », qui revendiqua sa propre culture, sa propre langue, « l’afrikaans », langue dérivée du hollandais et comportant des mots africains.

Une fois gagnée la guerre des Boers, l’impérialisme anglais chercha un accommodement avec les dirigeants boers. Il chercha à mettre en place dans la colonie, un État et un gouvernement disposant d’un soutien local. Il accorda à la population d’origine anglaise les droits politiques que les Républiques boers lui refusaient lorsqu’elles étaient indépendantes, mais il reconnut aussi des droits politiques à la population boer. Il n’y a qu’à la population africaine qu’on ne reconnut aucun droit. On peut même dire que c’était là la base de l’accord conclu entre les Boers et les Anglais.

Ainsi, huit ans après la guerre des Boers en 1910, la colonie fut unifiée sous le nom d’Union-Sud-Africaine, avec un gouvernement siégeant à Prétoria, un parlement siégeant au Cap et à l’élection duquel la population d’origine anglaise pouvait désormais participer. Elle prit la forme d’une fédération comprenant le Natal, la province du Cap, l’État libre d’Orange et le Transvaal. La colonie reçut le statut de dominion, c’est-à-dire qu’elle disposa d’une très grande autonomie.

En fait, la fondation de l’Union-Sud-Africaine, la réconciliation entre la Grande-Bretagne et une fraction des dirigeants boers correspondait aussi à une alliance de classe que l’on a nommée, de façon imagée, « l’alliance de l’or et du maïs » : celle des classes dirigeantes boers, c’est-à-dire en fait les secteurs capitalistes de l’agriculture sud-africaine avec le grand capital impérialiste de la puissance coloniale, l’Angleterre. De plus en plus d’ailleurs, à la différence de ce qui se passait dans les autres colonies, ce grand capital impérialiste tendit à réinvestir sur place et à devenir en fait un capital sud-africain. Sous la poigne de ces deux classes qui progressivement n’en firent plus qu’une, le nouvel État accéléra l’entrée de l’Afrique du Sud dans l’ère capitaliste.

L’empire britannique prétendait lutter pour la civilisation et contre l’esclavage, dénonçant d’ailleurs à juste titre le traitement réservé aux noirs par les Boers. Ces derniers, eux, se battaient purement et simplement pour leur survie. Au début, les combats tournèrent à l’avantage des Boers. Les généraux britanniques accumulèrent les maladresses et firent preuve d’une rare incompétence, envoyant leurs hommes à la mort en rangs serrés sous les tirs d’une précision meurtrière de l’ennemi.

Mais petit à petit, le déséquilibre des forces finit par jouer en leur faveur. Malgré la présence à leurs côtés de volontaires étrangers, dont de nombreux Français, les Boers durent céder du terrain. De plus, cette guerre, pour Londres, fut la première à être véritablement « impériale », puisque des Canadiens et des Australiens y prirent également part.

Si la seconde guerre des Boers fut une « guerre de blancs » qui se battaient en fin de compte pour déterminer qui aurait la haute main sur la région, et si la population des régions concernées par les opérations était aux quatre cinquièmes composée de noirs, il faut souligner que des noirs se joignirent au combat dans les deux camps.

 

 

 

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