1er Octobre 1961 | Yaoundé célèbre la réunification des deux Cameroun

En 1922 le protectorat allemand du Cameroun est officiellement placé sous mandat international. Sous l’égide de la Société des Nations, ce mandat est confié pour la plus grande partie du territoire à la France et pour le reste à la Grande-Bretagne. Le mandat britannique est lui-même divisé en deux parties, septentrionale et méridionale, chacune étant administrée par un gouvernement régional du Nigeria britannique (respectivement Kaduna et Enugu). Ces mandats deviennent des tutelles sous contrôle de l’Organisation des Nations-Unies (ONU) en 1946, tout en restant délégués aux deux puissances coloniales.

Monument de la réunification du Cameroun

La marche vers l’indépendance du Cameroun est pensée différemment par les acteurs des différents territoires, des responsables français et britanniques aux gouvernements et mouvements politiques locaux. Le processus d’émancipation engagé par la Grande-Bretagne conduit à confier la gestion du South Cameroons à un exécutif local tandis que la province du North Cameroons reste du ressort de Kaduna. Du côté français, une assemblée territoriale est élue en application de la loi cadre de 1956, mais sans la participation du premier parti indépendantiste interdit depuis 1955, l’Union des populations du Cameroun (UPC). Un gouvernement local est alors chargé de la gestion des affaires intérieures, qui est confié à Ahmadou Ahidjo en 1958. Ce dernier, appuyé par la France, obtient en mars 1959 la levée de la tutelle de l’ONU, la possibilité d’accéder à l’indépendance sans élection préalable et le principe d’un référendum pour décider de la réunification des Cameroun. L’indépendance du Cameroun est proclamée le 1er décembre 1960 sous la direction d’Ahidjo. Lors du référendum des 11 et 12 février 1961, les deux territoires du Cameroun britannique font des choix opposés. Le Cameroun méridional décide son rattachement au Cameroun indépendant à la date du 1er octobre 1961, tandis que le Cameroun septentrional opte pour son intégration à la nouvelle Fédération du Nigéria.

La réunification du Cameroun donne donc lieu le 1er octobre 1961 à une cérémonie ambiguë, tout autant marquée par la célébration de l’unité retrouvée que par le deuil d’un grand Kamerun, dans un contexte de guerre totale entre le gouvernement Ahidjo et l’UPC. Une journée de deuil national a même été décrétée le 31 mai 1961 et le président camerounais dénonce les conditions du référendum de février 1961 devant la cour de justice internationale.

Le reportage des actualités françaises rend compte de l’allégresse proclamée par les médias et le gouvernement camerounais lors de cette cérémonie de réunification, sans faire mention du choix inverse du Cameroun septentrional ni des sentiments partagés des populations. Le journaliste reprend le discours gaulliste d’un processus d’indépendance généreusement octroyé par la France, conformément à l’ordonnance fixant le nouveau statut du Cameroun en 1959. Comme l’indique le commentateur, la République camerounaise devient un État fédéral. Mais la constitution promulguée le 1er septembre 1961 sans élection ni référendum renforcera surtout le pouvoir central. À l’instar de la proclamation d’indépendance de 1960, la fête de la réunification donne lieu à une revue militaire, avec une armée renforcée depuis sa création du 11 novembre 1959, et à un défilé des représentants de la société civile, de l’éducation, avec les jeunes écoliers, ainsi que des associations sportives, comme les boxeurs. L’influence de la France dans la constitution de l’armée camerounaise peut se lire à travers la devise choisie, « honneur et fidélité », qui reprend celle de la Légion étrangère. La réunification du Cameroun est donc présentée comme accueillie dans l’allégresse dans tout le pays, bien qu’une partie de la population du Cameroun méridional conteste les conditions du référendum et s’oppose à ce choix tandis que l’UPC poursuit sa lutte de libération nationale.

 

Source Ina.fr

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