Tchad : la rupture avec le Qatar est consommée

Suivi par le Niger et la Mauritanie et, dans une moindre mesure, Djibouti, le Tchad a cessé ses relations diplomatiques avec le Qatar et fermé son ambassade à Doha. Explication.

La promesse a bien été suivie d’effets : les derniers diplomates qataris en place à N’Djaména ont quitté le pays ce mois-ci, après que le Tchad a décidé de fermer son ambassade au Qatar et pris la décision de cesser les relations diplomatiques. La décision a été prise courant juin, dès les premiers jours de la crise qui secoue toujours la péninsule arabique.

L’Arabie Saoudite et les Emirats arabes unis, suivis en cela par l’Égypte puis par le Bahreïn, accusent le Qatar de soutenir le terrorisme et, en conséquence, ont tous rappelés leurs ambassadeurs respectifs. Le Tchad leur a emboîté le pas, et ne s’est pas contenté d’un simple rappel mais d’une coupure nette des relations entamées en 2010.

La lettre officielle du ministre tchadien des Affaires étrangères reproche « l’implication continue de l’État du Qatar dans les tentatives de déstabilisation du Tchad depuis la Libye. » En effet, il est de notoriété publique au Tchad qu’il existe un couloir de trafic de drogues et de denrées diverses entre la Libye et le Soudan via le Tchad. L’armée tchadienne tente depuis plusieurs mois d’y mettre bon ordre. Or, le 18 août dernier, un convoi a été intercepté par les militaires et les trafiquants, en supériorité numéraire, ont ouvert le feu, causant la mort de plusieurs soldats tchadiens.

Le président Idriss Déby a mis en cause le Qatar à propos de cette tragique échauffourée en prenant prétexte de la présence, parmi les bandits, d’un opposant tchadien basé à Misrata, en Libye, Mahamat Hassane Boulmaye, et qui avait été soutenu par le Qatar au lendemain de la chute de Kadhafi en 2011.

Toutefois, les observateurs n’ont pas manqué de remarquer que l’émirat n’avait aucun rôle dans ce trafic, qui était essentiellement « commercial ». Par ailleurs, il existe de nombreux autres sujets de discorde entre le Qatar et le Tchad, à commencer par la présence à Doha du propre neveu d’Idriss Débyt, Timan Erdimi, chef du parti d’opposition l’Union des forces de la résistance et qui, depuis le Soudan où il était retranché avant de s’exiler au Qatar, organisait des expéditions rebelles contre son oncle. Le ministre tchadien des Affaires étrangères avait d’ailleurs tenté, en vain, d’attribuer l’attaque du 18 août aux forces d’Erdimi.

Il ressort donc de cette affaire que le président Idriss Déby a la ferme volonté de se poser en tête de pont de la stratégie émiratie en Afrique de l’Ouest et au Sahel, évinçant ipso facto le Qatar. En retour, lors de la conférence de levée de fonds organisée entre le 6 et le 8 septembre à Paris pour soutenir le nouveau plan tchadien de développement quinquennal, l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), la Banque arabe pour le développement économique en Afrique (BADEA) ont promis 1,8 milliard de dollars. Une indemnité compensatoire ?

 

 

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