10 septembre 1880 | Traité entre Savorgnan de Brazza et le roi des Bateké Tio: le protectorat au Congo

En septembre 1880, l’explorateur savorgnan de Brazza se trouve chez le Makoko, puissant roi des Tékés au Congo. Il reste 25 jours sous son toit. Chaque jour, les deux hommes ont des entretiens familiers.  Le 10 septembre 1880, Pierre Savorgnan de Brazza conclut un traité en plusieurs exemplaires avec le chef traditionnel des Batékés.

Savorgnan de Brazza a raconté la première de ces visites : « J’avais tiré de ma caisse ma grande tenue d’enseigne de vaisseau, un peu fripée, mais dont les dorures faisaient pourtant assez bon effet. Je fis faire la haie à mes hommes qui, suivant l’usage du pays, portaient les armes, le canon incliné vers la terre. Aussitôt la porte s’ouvrit. De nombreux serviteurs étendirent devant mes ballots de riches tapis et la peau d’un lion, attribut de la royauté… Un grand dais de couleur rouge ayant été déposé autour de ce trône, le roi s’avança précédé de son grand féticheur, entouré de ses femmes et de ses principaux officiers. » 

Par ce traité auquel l’Africain ne comprend goutte, la République française établit son protectorat sur un vaste territoire qui fait aujourd’hui partie du Congo-Brazzaville.

Habilement relayé par la propagande officielle, ce succès obtenu sans combat va nourrir dans le pays de Jules Ferry le mythe de la « mission civilisatrice » de la France.

Le jeune Brazza (28 ans), Français d’adoption, devient l’objet d’un véritable culte républicain et l’on se plait à opposer sa magnanimité à la brutalité de Stanley, un Britannique au service du roi des Belges, avec lequel il est entré en concurrence dans le bassin du Congo.

Pietro Brazza Savorgnan est né à Castelgandolfo, près de Rome, dans une famille de l’aristocratie romaine, le 26 janvier 1852.

Après des études à Paris, il entre à l’École Navale à titre étranger avec l’appui de l’amiral de Montaignac.

Médiocrement noté et en butte à l’hostilité des autres officiers de marine, il participe après la guerre franco-prussienne à une modeste expédition au Gabon. Là, il conçoit le projet d’explorer le bassin du Congo pour le compte de la France.

Mais à Paris, la IIIe République s’installe et la colonisation ne figure pas encore au rang des priorités nationales.

En 1874, le jeune officier de marine se fait naturaliser français, change son nom en Savorgnan de Brazza et son prénom en Pierre. Il repart aussitôt pour le Gabon avec le seul soutien de son protecteur, l’amiral de Montaignac, devenu entretemps ministre de la Marine.

Au cours d’une première mission, Brazza remonte l’Ogoué, un fleuve côtier qui arrose le Gabon actuel, puis reconnaît le cours supérieur de l’Alima, un affluent du Congo, le grand fleuve d’Afrique centrale.

NB : le Congo n’est pas accessible à partir de son embouchure en raison d’importants rapides ; le cours navigable du fleuve s’interrompt en amont de ces rapides, dans une vaste retenue aujourd’hui connue sous le nom de Stanley Pool et sur les bords de laquelle se tiennent Brazzaville et Kinshasa, ex-Léopoldville.

Lors d’une deuxième expédition, Savorgnan de Brazza fonde Franceville sur le haut-Ogoué.

Il atteint enfin le Congo en descendant l’Almina et, dans le village d’Itiéré, conclut le fameux traité de protectorat avec le Makoko-Iloô (titre officiel du chef des Bateké Tio). Brazza repart pour la France en laissant sur place de petits détachements de soldats, notamment des tirailleurs sénégalais (originaires du bassin du Niger).

Dans le village de N’Couna, qui sera plus tard rebaptisé par la France… Brazzaville et deviendra la capitale de la colonie puis de la république du Congo, l’un de ces tirailleurs, le sergent Malamine, a la frayeur de sa vie quand il voit débarquer en juillet 1881 la puissante troupe de Henry Stanley.

L’explorateur britannique descend le bassin du Congo en suivant la rive gauche (côté sud) et soumet de toutes les manières les populations locales à sa loi. Malamine ne se laisse pas impressionner et lui refuse le passage sur la rive droite. Stanley s’incline. Le roi des Belges devra se satisfaire de la rive gauche du Congo.

Triomphe et amertume
À Paris, le traité entre Brazza et le Makoko-Iloô est ratifié le 18 septembre 1882 par la Chambre des députés, dans l’enthousiasme. C’est qu’entre temps, Jules Ferry a converti une bonne partie des élites républicaines au principe de la colonisation.

Brazza, fêté en héros, présenté comme l’ami des Noirs et le libérateur des esclaves, est nommé commissaire du gouvernement dans l’Ouest africain puis, de 1886 à 1897, commissaire général au Congo. Il jette les bases de la future Afrique Équatoriale Française : Congo, Gabon, Oubangui-Chari (aujourd’hui Centrafrique), Tchad et Cameroun.

En février 1905, l’explorateur est consterné par la lecture d’un journal qui évoque des sévices à l’encontre des Noirs en Afrique équatoriale française. Ses successeurs, comme les Belges de l’autre côté du fleuve, sont suspectés de brutaliser les populations locales, voire de les mutiler, quand ils refusent de récolter le caoutchouc.

Brazza réclame et obtient du président Émile Loubet une mission d’inspection. C’est ainsi qu’il retourne dans « sa » colonie du Congo pour découvrir que celle-ci, abandonnée à l’avidité des trafiquants et à la brutalité de certains fonctionnaires, est mise en coupe réglée par les compagnies concessionnaires.

Pierre Savorgnan de Brazza meurt à Dakar sur le chemin du retour le 14 septembre 1905 et l’on murmure qu’il aurait été empoisonné par des trafiquants peu désireux que soient révélés leurs méfaits. Tandis que l’explorateur bénéficie de funérailles nationales, son rapport est enfoui dans les archives sans publicité aucune.

Herodote.net et RFI

 

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