6 SEPTEMBRE 1940 | ALLOCUTION DU COLONEL LECLERC

En inaugurant le poste RADIO-CAMEROUN, poste destiné à vaincre l’isolement souvent dur de la brousse, je tiens à préciser le but de ma présence ici.

Appelé et reçu par l’énorme majorité de la population, mon intention est de permettre au Cameroun de combattre aux ordres du général DE GAULLE pour la libération de la patrie et de l’Empire.

Combattre ne veut pas dire se jeter immédiatement contre un adversaire imaginaire.

Combattre veut dire entrer le maximum de moyens dans la lutte générale de l’univers civilisé, contre les barbares.

Cela signifie pour les officiers et tous les mobilisés, une mise en état de défense immédiate du pays. Celle-ci, est en très bonne voie, et je renvoie ceux qui y travaillent sans cesse depuis dix jours.

Cela signifie une augmentation aussi rapide que possible de nos forces militaires, elle est déjà entreprise, d’abord par l’ouverture de bureau d’engagement européen, ensuite par la création des Volontaires français du Cameroun.

Enfin, je compte dès la semaine prochaine commencer le recrutement indigène.

En cas de nécessité les rappels de cadres européens seront exceptionnellement effectués.

Combattre cela signifie pour le corps des Administrateurs décidé à servir le pays une politique énergétique n’hésitant pas à prendre les initiatives raisonnables et utiles.

Ils devront collaborer droitement avec les autorités militaires, ils pousseront sans hésiter les travaux de première urgence tels que les routes et stations de repos. Ils maintiendront l’activité économique du pays, empêchant les indigènes d’abandonner leurs cultures, puisque la Grande-Bretagne nous promet la possibilité d’une vie normale. Je n’hésite pas à reconnaître le travail important déjà exécuté.

Combattre cela signifie pour les civils de toutes catégories, planteurs, hommes d’affaires, commerçants, une bonne volonté active.

Vous savez déjà que la vie économique va reprendre dans le but d’augmenter, non pas le confort, mais la puissance du pays.

Un prêt exceptionnel a été consenti aux planteurs pour éviter toute perte de temps. Le traité de commerce avec la Grande Bretagne est sur le point d’être signé. Elle s’engage déjà à acheter 6000 tonnes de palmiers er tous les stocks de cacao en bon état.

Combattre, cela signifie encore aider les bons français des colonies voisines poursuivant le même but que nous. N’hésitez pas à leur venir en aide.

En résumé, toute suggestion ayant un but national sera étudiée.

Toute initiative réalisable sera encouragée.

Toute volonté de travail sera appréciée.

Toute entrave, même indirecte à la vie du Territoire sera réprimée.

Je maintiens la capitale à Douala, malgré les difficultés matérielles car j’estime que cette ville constitue actuellement le meilleur poste de commandement.

Les bureaux administratifs demeurent à Yaoundé.

Une circulaire précisant le fonctionnement des liaisons et du courrier vous parviendra incessamment.

En terminant, je ne peux mieux faire que de vous répéter l’idée obsédante qui détermine mes actions depuis deux mois.

 

Note

LECLERC ET SES HOMMES DE LA COLONNE LECLERC À LA 2ÈME DB AFRIQUE FRANÇAISE LIBRE (CAMEROUN, GABON, TCHAD, KOUFRA)

Sources : Mémorial Leclerc de Hauteclocque, Musée Jean Moulin, Mairie de Paris

Comments

comments