28 août 1944 | L’Armée d’Afrique libère Marseille

A ce jour où se célèbre l’ anniversaire de la libération de la ville de Marseille, il est important de se rappeler l’épopée héroïque de l’Armée d’Afrique.

On vient de célébrer le débarquement de Provence, qui eut lieu le 15 août 1944 et qui avait vu déferler dans le Midi les divisions de Tirailleurs, de Zouaves, de Spahis, de Goumiers, de Tabors, de Chasseurs d’Afrique, etc. Le mot d’ordre des combattants de cette armée dont mon père faisait parti était : « vive la France! ».

Cette même armée avait déjà combattu et vaincu l’armée allemande en Tunisie. Fin 1943, au sein du Corps expéditionnaire français, commandée par le général Juin, elle s’illustra durant la campagne d’Italie et elle participa en première ligne à la libération de la Corse en novembre de la même année.

Les combattants africains aguerris de ces héroïques régiments formeront le fer de lance de la future Première armée française sous les ordres du général de Lattre de Tassigny. Après le débarquement sur les côtes de Provence, l’Armée d’Afrique libère Toulon et elle arrive aux portes de Marseille le 23 août 1944. Après de terribles combats, notamment lors de la prise du mont de Notre Dame de la Garde, durant lesquels s’illustreront les combattants musulmans de la 3e DIA et particulièrement les 3e et 7e Régiments de tirailleurs algériens, Marseille est enfin libérée le 28 août 1944. Devant une foule en liesse, un important défilé au son de la nouba se déroule le lendemain sur le Vieux-Port. La libération de la capitale du sud va coïncider avec la libération de Paris.

Ensuite, l’épopée des soldats indigènes va se poursuivre tout le long du Rhône, en Franche-Comté et en Alsace, jusqu’à la libération totale de la patrie. Ces hommes du sud traverseront le Rhin et livreront leurs derniers combats jusqu’au Danube.

Les hauts faits d’armes de l’Armée d’Afrique et ses innombrables victoires permirent à son commandant, le général de Lattre de Tassigny, de siéger en compagnie des chefs alliés pour obtenir la capitulation de l’armée allemande. Dans son ordre du jour numéro 9, il écrira à ses soldats africains : « De toute mon âme, je vous dis ma gratitude. » Le général de Montsabert écrira de son côté : « C’est grâce à l’Armée d’Afrique que la France a retrouvé non seulement le chemin de la victoire et la foi en son armée, mais aussi et surtout l’honneur et la Liberté. »*

Il importe qu’au-delà des anciens combattants, la Nation, tout entière liée par les sacrifices consentis pour sa liberté, enseigne et évoque régulièrement le souvenir de l’Armée d’Afrique.

Durant 130 années d’existence, de 1832 à 1962, que ce soit sous la Monarchie, le Second Empire ou la République et même quand la France paraissait réduite, occupée, humiliée, l’Armée d’Afrique lui est demeurée fidèle. Elle a vaillamment soutenu plusieurs guerres notamment quand la France fut envahie en 1870, 1914 et 1940. L’ensemble des guerres auxquelles elle a participé a coûté un million de vies humaines à l’Armée d’Afrique.* A travers victoires et désastres, querelles intestines et changements institutionnels en métropole, l’Armée d’Afrique est restée l’ossature militaire de la France.

Quant à Marseille, 70 ans après, il n’y a toujours pas de lieu dédié à l’Armée d’Afrique marquant la libération de la citée phocéenne. Il reste à espérer qu’on ne va pas attendre 90 ans pour le faire, comme on a attendu 2006 pour inaugurer un mémorial musulman à Verdun en souvenir de la terrible bataille de 1916 et de la forte participation de l’Armée d’Afrique lors de la première guerre mondiale dont on célèbre cette année le 100e anniversaire de son déclenchement.

Pour toutes ces raisons et devant les nombreux actes de profanation des tombes de ces soldats, l’inquiétant développement du racisme et les tensions sociales de toutes sortes qui envahissent notre société et devant les troubles internationaux, il est crucial de faire appel à la mémoire et au souvenir de l’Histoire de France.

Par Lounès Chérif, réserviste, fils d’un ancien combattant de l’Armée d’Afrique

* L’Armée d’Afrique 1830-1962, sous la direction du Général R. Huré. Editeur Charles Lavauzelle. Paris 1972

 

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