29 JUIN 1958 | LA NAISSANCE DU PSEUDONYME: ROI PELÉ

Le 29 juin 1958, le Brésil, au terme d’un Mondial globalement survolé, s’offre son premier titre mondial. Le coup d’envoi d’une histoire d’amour entre la Seleção et le plus prestigieux des trophées

Il est un peu moins de 17 heures au Råsunda Stadium de Solna, lorsque, sur la pelouse, Hilderaldo Luiz Bellini, capitaine de la Seleção, reçoit des mains du roi Gustave de Suède le trophée Jules Rimet, synonyme de premier titre mondial pour le Brésil. La suite, un geste qui va entrer dans l’histoire : « Au cours de la cérémonie de remise de la coupe Jules Rimet, il régnait une grande confusion et il y avait beaucoup de photographes qui essayaient de trouver la meilleure position, le meilleur angle pour pouvoir me photographier avec la Coupe. Parmi les plus petits d’entre eux qui avaient du mal à prendre des photos, certains se mirent alors à crier : “Bellini, lève bien la coupe ! Lève-la bien haut !”, car ils ne parvenaient pas à me cadrer avec le trophée dans mes mains. Et c’est ce que je fis, en le brandissant au-dessus de ma tête. » Ça y est, pour la première fois, la Seleção célèbre un titre mondial. Et comme souvent avec les Brésiliens, les festivités sont belles et joyeuses. Ainsi, toute l’équipe entame alors un tour d’honneur en portant un grand drapeau suédois, sous les applaudissements de leurs hôtes, conquis par la bonne humeur dégagée par cette équipe, et surtout par le niveau de jeu affiché durant les 22 jours de compétition.

Le fantôme de 1950

Pourtant, deux heures plus tôt, pas grand monde ne s’attend à un tel triomphe. À l’époque, le Brésil est plutôt donné favori après en avoir passé cinq en demi-finale à une équipe de France qui présente la meilleure attaque de la compétition, mais la blessure de Robert Jonquetsemble avoir alors grandement avantagé la Canarinha. En effet, alors que le score n’est que de 1-1, le défenseur de Reims subit une double fracture du péroné suite à un choc avec Vava, mais doit rester sur la pelouse, les remplacements n’étant alors pas autorisés. De l’autre côté, les Suédois, portés par leur public, se sont alors débarrassés avec panache de l’Allemagne de l’Ouest (3-1), après avoir été menés.

C’est donc une finale prestigieuse qui attend ce 29 juin les 49 700 spectateurs réunis pour assister au sacre de leurs protégés. Et la partie ne met pas longtemps à s’emballer. Dès la quatrième minute, Nils Liedholm, alors au sommet avec le Milan AC, se joue de deux défenseurs avant de croiser sa frappe et de surprendre Gilmar. Capitaine du jour, Didi prend la balle calmement, et rassure ses coéquipiers, encore hantés par les images du traumatisme de 1950, comme le raconte Djalma Santos, au site de la FIFA : « Cela nous a redonné confiance. Nous savions que pouvions l’emporter, mais je ne crois pas que les Brésiliens y croyaient. À cause de la finale de 1950, il y avait cette idée que le Brésil irait en finale et perdrait. Donc ce qu’a fait Didi à ce moment-là était crucial. » La preuve, il ne faut que dix minutes à Vava pour remettre les deux équipes à niveau, après un beau débordement de Garrincha côté droit. Après un superbe tir sur la barre de l’homme à la jambe arquée, c’est encore lui qui déborda côté droit avant de centrer pour Vava à la 32e minute, pour un deuxième but identique au premier.

Pelé, touché par la grâce

Mais c’est la deuxième mi-temps qui intronisa définitivement le futur Roi du football. À la 55e minute, Pelé, alors frêle adolescent de 17 ans, permit au Brésil de prendre le large grâce à un but de légende. « Quand j’ai contrôlé le ballon avec ma poitrine, il a cru que j’allais tirer. Mais j’ai fait passer le ballon au-dessus de lui d’un petit coup de pied, car c’était quelque chose auquel les Européens n’étaient pas habitués. Ils essayaient toujours d’intervenir rapidement parce qu’ils étaient habitués à ce que les attaquants tirent directement. J’ai frappé la balle avant qu’elle ne retouche le sol et c’est rentré. C’est l’un des plus beaux buts de ma carrière. » Si Mario Zagallo, puis Simonson font évoluer le score une nouvelle fois, et ne laissent plus vraiment de doute sur l’identité du futur vainqueur, ce Mondial a décidé de sacrer ce gamin à qui un délégué de la FIFA a attribué, au hasard, le numéro 10. On joue la 90e minute quand, à la suite d’un long ballon, Pelé s’élève dans le ciel et lobe le gardien d’une tête qui entre dans les cages au ralenti. Un doublé, ajouté aux quatre autres buts inscrits lors des tours précédents, qui fait entrer Pelé au panthéon : « Après le cinquième but, je ne voulais plus marquer Pelé, je voulais juste l’applaudir » , dira même le milieu de terrain suédois, Sigge Parling. De son côté, le natif de Três Corações fond en larmes, tant l’émotion est grande. « On m’a mis sur les épaules de mes coéquipiers et porté autour du terrain… Les larmes coulaient sur mon visage. Gilmar m’a regardé en souriant et m’a dit : “Pleure, mon garçon. Cela va te faire du bien.” » Après les larmes de 1950, c’est tout le Brésil qui retrouva le sourire ce jour-là.

 

 

 


PAR PAUL PIQUARD

 

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