22 juin 1974 | Le Zaïre entre dans l’histoire du football

Malgré ses sacres aux Coupes d’Afrique des Nations 1968 et 1974, le Zaïre (République Démocratique du Congo) a connu un été plutôt difficile lors de la Coupe du Monde de la FIFA™ organisée en Allemagne en 1974. Il a concédé 14 buts sans en marquer un seul et a récolté un carton jaune assez inédit contre le Brésil, le 22 juin 1974.

Kakoko Etepe, qui faisait partie des joueurs emblématiques de l’équipe africaine, explique à FIFA.com que les Léopards avaient abordé la compétition avec une énorme confiance.

“Nous avions une grande équipe en 1974”, se souvient-il. “Beaucoup de joueurs avaient remporté la CAN plus tôt dans l’année et le Vita Club s’était même adjugé la Ligue des champions de la CAF 1973. Nous avions donc une grande expérience du football international et notre sélectionneur avait lui aussi de la bouteille.”

Blagoje Vidinic, médaillé d’argent et d’or avec la Yougoslavie aux Jeux Olympiques 1956 et 1960, avait déjà emmené le Maroc à la Coupe du Monde 1970. Quatre ans plus tard, l’ancien gardien international n’a pas su rééditer les bons résultats des Lions de l’Atlas. Battu 2:0 par l’Écosse lors de son entrée en lice, le Zaïre allait ensuite subir un cinglant 9:0 face à la Yougoslavie puis une défaite 3:0 face au Brésil. C’est à l’occasion de cette rencontre que Mwepu Ilunga a jailli de son mur pour dégager le ballon sous les yeux de Jairzinho, de Rivelino et de l’arbitre, tous trois médusés.

Un mystère
Quelque temps plus tard, Ilunga a justifié son geste en prétextant un acte de protestation. “Je n’ai aucune idée de ce qui lui est passé par la tête. Il a sans doute pensé que le ballon était en jeu, mais il ne s’est jamais vraiment expliqué et ça reste un mystère pour nous tous”, avoue Etepe.

Mais pour lui, son équipe n’était pas aussi dépassée que les critiques de l’époque l’avaient affirmé. “Nous avons bien joué contre l’Écosse et face à la Yougoslavie, nous étions tout simplement épuisés”, explique-t-il. “Émoussés physiquement, nous manquions également d’expérience pour affronter ce genre de formations. Aujourd’hui, la plupart des joueurs africains qui disputent une phase finale de Coupe du Monde ont déjà joué dans des clubs européens. Ce n’était pas notre cas en 1974. Nous avions une expérience africaine, mais ça ne suffisait pas pour rivaliser à ce niveau. C’était déjà une très grande réussite pour nous d’avoir disputé la Coupe du Monde et de représenter le continent. C’est quelque chose que je n’aurais voulu rater pour rien au monde.”

Si la plupart des internationaux zaïrois rêvaient de signer un contrat lucratif dans un club européen à l’issue de la phase finale, leur déception n’en fut que plus grande en constatant le peu d’intérêt suscité par leur performance de 1974. “Pour nous, le football n’était pas une activité à plein temps”, rappelle Etepe. “Nous jouions avec notre cœur, c’était là notre qualité principale, mais cela ne nous permettait pas de gagner notre vie. Il fallait travailler à côté.”

Etepe a poursuivi sa carrière au Zaïre et a également travaillé pour Mercedes Benz. Le constructeur allemand a même décidé de l’envoyer en Allemagne pour suivre une formation jusqu’en 1977. “Il m’a fallu du temps pour obtenir mon visa, mais dès que je l’ai reçu, je suis parti une deuxième fois pour l’Allemagne”, raconte-t-il. “Je partageais ma vie entre le football et mon travail chez Mercedes à Stuttgart. C’est à ce moment-là que le VfB Stuttgart a appris l’existence d’un joueur qui avait disputé la Coupe du Monde en 1974 m’a demandé de le rejoindre.”

Tristesse et déception
Etepe a connu le succès avec l’équipe amateur puisqu’il a remporté le titre de champion en 1980. Il a également disputé un match de Bundesliga avec la première avant de rejoindre d’autres formations de deuxième division pour enfin prendre sa retraite en Allemagne. “Le football m’a beaucoup apporté et je n’aurais jamais connu tout cela si je n’avais pas disputé une Coupe du Monde”, assure-t-il.

Repéré par le Bayern Munich, le fils d’Etepe entend souvent son père dire qu’il n’éprouve aucune rancœur de ne pas avoir pu vivre du ballon rond. Il admet toutefois ressentir une certaine tristesse en pensant au sort réservé à certains de ses coéquipiers d’Allemagne 1974. “Ça m’attriste de voir que certains n’ont obtenu aucune reconnaissance pour ce qu’ils ont réalisé”, regrette-t-il. “J’en vois encore quelques-uns, comme le capitaine Kidumu Mantantu, Mayanga Maku, Kibonge Mafu, Ntumba Kalala ou Kazadi Muamba. La plupart d’entre eux vivent en Belgique.”

Du haut de ses 63 ans, Etepe est tout aussi déçu de voir ce qu’est devenu le football dans son pays natal, maintenant appelé République démocratique du Congo. “Nous avons de très bons joueurs et nous devrions être aux côtés du Ghana, du Cameroun et du Nigeria”, estime l’ancien Léopard. “Nous devrions pouvoir nous qualifier pour la Coupe du Monde et être compétitifs en Coupe d’Afrique des Nations. C’est dommage que ça ne soit pas le cas et j’espère que la fédération fait tous les efforts nécessaires pour y parvenir et pour que mon pays figure parmi les grandes nations africaines.”

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