2 juin 1900 | Décès de Samory Touré, figure légendaire de la résistance à la colonisation

L’Almamy Samory Touré (ou Samori Touré), né vers 1830 à Miniambaladougou, dans l’actuelle Guinée, décédé le 2 juin 1900 au Gabon, fut le fondateur de l’empire Wassoulou et résista à la pénétration et à la colonisation française en Afrique de l’Ouest.

Né en 1830 à Miniambaladougou (actuellement au sud-est de la Guinée), ce fils de marchands dyula grandit dans une Afrique de l’ouest en pleine mutation du fait du nombre croissant de contacts avec les Européens. Le commerce avec l’Europe avait rendu riche certains États africains, cependant qu’une utilisation croissante des armes à feu modifiait la guerre traditionnelle. Tôt dans sa vie, Samory se convertit à l’Islam.

En 1848, la mère de Samory fut capturée pendant un raid mené par Sory Birama, du clan Cissé et réduite en esclavage. Après avoir arrangé la libération de sa mère, Samory se mit au service des Cissé et apprit ainsi le maniement des armes. D’après la tradition, il resta à leur service “sept ans, sept mois, sept jours” avant de prendre la fuite avec sa mère.

L’ENGAGEMENT MILITAIRE
Il s’engagea ensuite pour deux ans dans l’armée des Bérété, ennemis des Cissé, avant de rejoindre son propre peuple, les Camara. Nommé “kélétigui” (“chef de guerre”) à Dyala en 1861, Samory prononça le serment de protéger son peuple contre les Bérété et les Cissé. Il créa une armée professionnelle et nomma ses proches, notamment ses frères et des amis d’enfance, à des postes de commandement.

En 1864, El Hadj Umar Tall, le fondateur d’un empire en pleine expansion qui dominait la région du Haut Niger, l’Empire Toucouleur, mourut. Tandis que cet Empire se désagrégeait, les généraux et les dirigeants locaux luttaient pour créer leurs propres États.

En 1867, Samory était un chef de guerre à part entière, possédant sa propre armée regroupée à Sanankoro dans les hautes-terres guinéennes, sur les bords du Haut-Milo, un affluent du fleuve Niger et il comprit vite qu’il avait deux tâches primordiales à accomplir : créer une armée efficace et loyale dotée d’armes à feu modernes, et se construire un État stable.

En 1876, Samory put importer des fusils à chargement par la culasse par l’intermédiaire de la colonie britannique du Sierra Leone. Il conquis le district de Buré, riche en or (actuellement à cheval sur la frontière entre Guinée et Mali), en vue de renforcer ses finances. En 1878 il était assez puissant pour s’autoproclamer “faama” (“dirigeant militaire”) de son propre Empire Wassoulou. Il fit de Bissandugu sa capitale et entama des échanges commerciaux et diplomatiques avec l’Empire Toucouleur voisin et mourant.

En 1881, après une dure lutte, Samory était capable de sécuriser son emprise sur Kankan, ville clé du commerce Dyula, située au bord du haut Milo. Kankan était un centre du commerce de la noix de kola, et bien positionnée stratégiquement pour contrôler les routes de commerce avoisinantes. En 1881, le Wassoulou s’étend en Guinée et au Mali, depuis l’actuel Sierra Leone jusqu’au nord de la Côte d’Ivoire.

LA RÉSISTANCE AUX COLONS
Pendant que Samory conquérait les nombreux petits États tribaux qui l’entourait, il manœuvrait aussi pour sécuriser sa situation diplomatique. Il entama des relations régulières avec les britanniques au Sierra Leone, et tissa des liens prometteurs avec l’État jihadiste de Fulbe (Fula).

À la fin des années 1870, les Français commencèrent à s’étendre en Afrique de l’ouest, à partir de l’est du Sénégal avec pour but d’atteindre le haut Nil dans le Soudan actuel. Ils cherchèrent aussi à progresser vers le sud-est pour atteindre leurs bases en Côte d’Ivoire. Ces mouvements les conduisirent à un affrontement direct avec Samory.

En février 1882, une expédition française attaqua une des armées de Samory qui assiégeait Keniera. Samory réussit à repousser les Français, mais il fut effrayé par la discipline et la puissance de feu des armées européennes.

Samory essaya de neutraliser les Français par plusieurs moyens. Premièrement, il étendit sa domination vers le sud pour sécuriser une ligne de communication avec le Liberia.

Quand une expédition menée par le gouverneur colonial français du Soudan, Antoine Combes, tenta en 1885 de prendre possession des mines d’or de Buré, Samory contre-attaqua. Divisant son armée en trois colonnes mobiles, il réussit à menacer gravement les lignes de communication françaises obligeant ses adversaires à se replier.

En 1887, Samory pouvait compter sur une armée disciplinée comprenant de 30 000 à 35 000 fantassins, organisés sur le modèle européen en pelotons et compagnies, et 3 000 cavaliers, répartis en escadrons de 50 hommes chacun. Cependant, les Français étaient déterminés à ne pas laisser Samory consolider ses positions. En exploitant la rébellion de plusieurs tribus animistes soumises par Samory, ils continuèrent de s’étendre aux dépens des régions ouest de l’Empire, forçant Samory à signer des traités par lesquels il leur cédait ces territoires entre 1886 et 1889.

En mars 1891, une expédition française sous le commandement du colonel Archinard lança une attaque directe sur Kankan. Sachant que les fortifications de la ville ne résisterait pas à l’artillerie française, Samory engagea une guerre de mouvement. En dépit des victoires qu’il remporta contre des colonnes françaises isolées ( Dabadugu en septembre 1891), Samory échoua à chasser les Français hors du cœur de son royaume.

En juin 1892, le successeur du colonel Archinard, Humbert, menant une petite force bien équipée de soldats triés sur le volet, captura Bissandugu, la capitale du Wassoulou. Un autre coup dur pour Samory fut l’arrêt des ventes d’armes par les Britanniques, soucieux de respecter la convention de Bruxelles de 1890.

Il tenta sans succès d’opposer les français et les anglais, mais signant néanmoins plusieurs traités avec les français, envoyant même l’un de ses fils en France.

Il tenta également de limiter son retard technologique en demandant à des artisans de copier les armes achetées ou confisquées aux européens.

Samory se replia vers l’est, vers le Bandama et Comoe; d’où popularisera le concept de «stratégie de la terre brûlée », qui consistait à tout raser sur son chemin, afin de freiner la progression de l’ennemi. Une stratégie de combat qui le coupa de sa nouvelle source d’approvisionnement en armes, le Liberia.  Il s’agissait évidemment de guérilla plus que de guerre, mais compte tenu de l’infériorité technologique qui demeurera, il lui était difficile de jouer l’affrontement frontal. Il réussit tout de même à retarder la poursuite des colons français durant des années grâce à cette tactique et à sa clairvoyance militaire.

LA FIN DU GUERRIER

Malheureusement, la cohésion dans son empire constitué (et surtout islamisé) de force fit défaut. Une « guerre du refus » agitera même le royaume en 1889, menée par des subordonnés animistes, qui étaient contre l’islamisation forcée. Sa famille se déchirera sur la question de négocier ou non avec la France, et Samory fera même exécuter le fils qu’il avait envoyé en France dans le passé.
Sa stratégie de la « terre brûlée » montra des limites face aux généraux français qui apprendront à en limiter les effets, et Samory commit l’erreur de vouloir étendre son empire par le Nord de la Côte d’Ivoire, ce qui était au delà des forces de son Empire, dépourvu d’armes et d’alliés.

Trahi par les siens alors qu’il négociait sa capitulation, il fut arrêté le 29 Septembre 1898 par le Commandant Gouraud, et fut exilé au Gabon où une pneumonie l’emporta le 2 Juin 1900.

Le 28 Septembre 1968 ses cendres seront ramenées en Guinée, alors dirigée par Sékou Touré, qui serait un de ses arrières petits fils. 

 

CONCLUSION

Figure légendaire de la résistance à la colonisation, Samory Touré aura pu marquer des points décisifs contre le colon, et s’avérera être un fin stratège.

Et si les colons n’ont vu en lui qu’un être sanguinaire, les lutteurs pour l’indépendance de l’Afrique quelques années plus tard verront en lui un héros.

 

Comments

comments