26 décembre 1884 – 17 mai 1944 | Félix Eboué, l’homme qui a permis mais n’a pas vu la Libération

Né à Cayenne en 1884, gouverneur du Tchad puis gouverneur général de l’Afrique Equatoriale Française (AEF), Félix Eboué reste pour l’éternité l’un des grands hommes de la Libération; le seul noir qui repose au panthéon 

Bon élève, Félix obtint une bourse pour poursuivre ses études secondaires à Bordeaux, au lycée Montaigne, puis à Paris, à la faculté de droit et à l’École coloniale, ouvrant la voie à son ami et compatriote René Maran.

En 1910, il est nommé administrateur des colonies à Madagascar, puis en Oubangui-Chari (depuis République centrafricaine), où il se fait apprécier par son humanisme, sa volonté de se rapprocher de la population et de s’imprégner des coutumes locales.

Secrétaire général de la Martinique, il devient gouverneur de la Guadeloupe en 1936. La nomination d’un Afro-descendant à un tel poste était une première.

En 1938, il est gouverneur du Tchad et y fait construire des routes.

Dès le 18 juin 1940, après avoir entendu à la radio l’appel à la résistance lancé par De Gaulle depuis Londres, il prend le parti de la France libre contre le gouvernement de Vichy et annonce, le 26 août, le ralliement du Tchad au général de Gaulle.

Après l’appel du 18 juin, c’est l’acte fondateur de la libération de la France.

Le 15 octobre 1940, Éboué reçoit De Gaulle à Fort-Lamy.

Sous l’impulsion d’Éboué qui forme une armée de 40 000 hommes à Brazzaville, l’ensemble de l’Afrique équatoriale française devient la base des opérations militaires de libération. C’est de là que partiront les généraux Leclerc, Koenig, de Larminat.

Les quatre enfants d’Éboué – dont une fille – donnent l’exemple en s’engageant dans les forces françaises libres combattantes.

Éboué est mort en mai 1944 en Égypte, quelques jours avant le débarquement en Normandie.

Ses cendres ont été transférées au Panthéon en 1949, en même temps que Schoelcher, en présence des députés Aimé Césaire et Léon-Gontran Damas.

Après que l’écrivain Claude Ribbe eut dénoncé en décembre 2005 dans le livre Le Crime de Napoléon, le fait que l’aéroport de Cayenne portait le nom de Rochambeau qui évoquait les atrocités commise en Haïti en 1802-1803, l’aéroport a été rebaptisé quatre ans plus tard du nom de Félix-Éboué.

Discours qui restera dans les mémoires:
“Jouer le jeu”

À l’occasion de la distribution des prix du lycée Carnot à Pointe-à-Pitre le 1er juillet 1937, Félix Éboué prononce un discours qui restera dans les mémoires, intitulé “Jouer le jeu”. Morceaux choisis.

“J’avoue, Monsieur le Professeur, que, quelqu’envie que j’ai de vous taquiner! Je suis obligé d’être chic et d’apporter l’adhésion totale, sans réserve, du sportif et de l’administrateur qui a toujours essayé de jouer le jeu comme vous l’avez si lumineusement conçu et exposé. […] Suivez votre maître, l’éminent Professeur Meyer qui a bâti à votre intention une doctrine de l’action. On vient de vous exposer que, si vous avez vraiment la volonté de le désirer, votre destin se poursuivra sous le signe de votre liberté. […] À cette jeunesse généreuse et spontanée, n’ai-je pas le devoir, me tournant vers elle, de l’adjuger, à mon tour, de rester indépendante? N’ai-je pas pour obligation de lui dire : Ne te laisse pas embrigader, ne souffre pas que l’on enseigne comme suprême idéal le fait de marcher au pas, en colonnes parfaites, de tendre la main ou de montrer le poing. En l’acceptant, tu consacreras le triomphe de la lettre au détriment de l’esprit, parce qu’on t’aura enseigné que le rite tient lieu de culture. Ne devons-nous pas conserver à cette jeunesse ses qualités essentielles : L’indépendance, la fierté, l’orgueil, la spontanéité, le désintéressement ?

Je ne résiste pas, quant à moi, au désir de vous indiquer, mes jeunes amis, une autre formule qui permet de gagner ? Sinon à tous les coups, mais de gagner sûrement en définitive. Votre maître vient de vous dire : soyez sportifs ! soyez chic !… Il a raison : Là se trouve la vérité ; mais pour la réaliser pleinement, totalement, splendidement, je vous dirai à mon tour : Jouez le jeu !

Jouer le jeu, c’est être désintéressé.

Jouer le jeu c’est réaliser ce sentiment de l’indépendance dont je vous parlais il y a un instant.

Jouer le jeu, c’est piétiner les préjugés, tous les préjugés et apprendre à baser l’échelle des valeurs uniquement sur les critères de l’esprit. Et c’est se juger, soi et les autres, d’après cette gamme de valeurs. […]

Jouer le jeu, c’est garder farouchement cette indépendance, parure de l’existence. […]

Jouer le jeu, c’est savoir prendre ses responsabilités et assumer les initiatives quand les circonstances veulent que l’on soit seul à les endosser ; c’est pratiquer le jeu d’équipe avec d’autant plus de ferveur que la notion de l’indépendance vous aura appris à rester libres quand même. […]

Jouer le jeu, c’est savoir tirer son chapeau devant les authentiques valeurs qui s’imposent par la qualité de l’esprit, et de faire un pied de nez aux pédants et aux attardés. […]

Jouer le jeu, c’est respecter l’opinion d’autrui, c’est l’examiner avec objectivité et la combattre seulement s on trouve en soi les raisons de ne pas l’admettre, mais alors le faire courageusement et au grand jour. […]

Jouer le jeu, c’est refuser les lentilles pour conserver son droit d’aînesse. […]

Jouer le jeu, enfin, c’est mériter votre libération et signifier la sainteté, la pureté de votre esprit.

Voulez-vous jouer ce jeu avec moi et avec les fiers compagnons qui ont construit une maison de cristal où tout est sain et d’où nous avons banni les préjugés ?”

Avec Une Autre Histoire

Comments

comments