Le 10 mai, une date qui ne convient à personne | Journée de la commémoration l’abolition de l’esclavage

Jour anniversaire officiel pour commémorer l’abolition de l’esclavage par la France, le 10 mai ne fait pas l’unanimité, notamment auprès des populations les plus concernées, d’Outre-mer, où on préfère le 23 mai.
Chaque département d’Outre-mer célèbre cet événement en ordre dispersé: le 27 avril à Mayotte, en souvenir du 27 avril 1848, date de l’abolition officielle de l’esclavage par la France par un décret de Victor Schoelcher, le 22 mai à la Martinique, le 27 mai en Guadeloupe et le 10 juin en Guyane.
Il a fallu attendre le 30 janvier 2006 et Jacques Chirac pour que la métropole choisisse aussi une date pour célébrer la fin de l’esclavage.
Proposée par le Comité pour la mémoire de l’esclavage (CPME), présidé par l’écrivain guadeloupéen Maryse Condé, la date du 10 mai ne correspond historiquement à aucun moment clef de la lutte contre l’esclavage.
“Un faux problème”
Le seul événement correspondant à ce jour est la lettre aux citoyens de Guadeloupe écrite par le colonel Delgrès, un officier mulâtre, le 10 mai 1802, lorsqu’il prit la tête d’un groupe de militaires opposés à la décision de Napoléon de rétablir l’esclavage.
L’idée est en fait de rappeler le 10 mai 2001, date de l’adoption définitive par le Parlement de la loi “Taubira” reconnaissant la traite et l’esclavage comme des crimes contre l’humanité.
Pour Christiane Taubira, député guyanaise du PRG, cette querelle autour du 10 mai est “un faux problème”. “Ce n’est qu’une date repère”, a-r-elle expliqué.
Reste que pour la plupart des associations Outre-mer, c’est la date du 23 mai qu’il aurait fallu retenir. Pour une triple raison: c’est le 23 mai 1848 que les esclaves martiniquais ont vécu leur premier jour de liberté, c’est le 23 mai 1998 que plus de 40.000 descendants d’esclaves ont marché silencieusement dans les rues de Paris, et c’est le 23 mai 2001 qu’a été publiée la loi “Taubira” au journal officiel.

Cette date doit “revenir” à Mitterrand
“La date du 23 mai s’imposait, car il s’agit de commémorer les victimes de l’esclavage, et non les abolitionnistes”, explique ainsi Victorin Lurel, secrétaire national du PS à l’Outre-mer et président du Conseil régional de la Guadeloupe. Une position endossée par Ségolène Royal durant la campagne présidentielle.
Patrick Karam, président des comités de soutien de Nicolas Sarkozy dans l’Outre-mer, avait lui aussi fermement défendu la date du 23 mai auprès du futur chef de l’Etat.
Mais l’adversaire le plus acharné du 10 mai pour célébrer l’abolition de l’esclavage reste Jacques Attali, ex-conseiller de François Mitterrand. Pour lui, cette date doit “revenir” d’office au seul président socialiste de la Ve République, élu pour la première fois à l’Elysée en 1981, un 10 mai.

Avec: L’OBS

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