La stabilité de l’Afrique n’intéresse absolument pas la Chine, ni aucune puissance occidentales

Dans un article de l’AFP repris par Slate Afrique, le président du Parlement européen Antonio Tajani a été cité disant ceci : “L’Afrique risque aujourd’hui de devenir une colonie chinoise, les Chinois ne veulent que les matières premières. La stabilité ne les intéresse pas ».

Réponse !

Carte des relations sino-africaine depuis 1950 (wikimedi X. Aurégan)

Tajani a absolument raison, la stabilité de l’Afrique n’intéresse absolument pas la Chine. Comme toutes les autres puissances, la politique africaine de la Chine ne cherche qu’à satisfaire ses propres intérêts. La Chine veut des matières premières à bon marché, et elle veut un marché pour ses produits. Plus elle a une présence en Afrique, mieux c’est pour son économie.

Mais les propos de Tajani ne sont pas désintéressés. Ce n’est pas parce que le président du Parlement européen se soucie beaucoup de la stabilité du continent qu’il s’inquiète de  la présence de la Chine. Ce qui inquiète le plus les Européens est que la Chine prend plus de terrain sur le continent et devient une concurrente plus que sérieuse pour les Occidentaux.

 La majorité des grands pays européens étant des anciens colonisateurs, ils continuent de jouer une influence considérable dans les affaires du continent. Mais  ils voient du mauvais œil la concurrence de plus en plus importante de la Chine depuis ces deux dernières décennies, en témoignent les sommets Chine-Afrique qui se tiennent tous les trois ans depuis 2000, et qui sont considérés comme plus importants que les fameux sommets France-Afrique. Comme le rappelle l’AFP dans l’article ci-haut citée, les échanges entre la Chine et l’Afrique est estimée à 180 milliards de dollars.

La Chine pêche en eau trouble

Mais les propos du président du Parlement européen contiennent une part de vérité : la Chine pêche en eau trouble. Pour étendre son influence, la Chine cherche à occuper toutes les places laissées vacantes par les Occidentaux. C’est ainsi la Chine devient systématiquement le soutien №1 des régimes autoritaires en disgrâce, le Soudan d’Omar Béchir et le Zimbabwe de Robert Mugabe étant les cas les plus emblématiques.

En soutenant systématiquement des régimes accusés de violations graves des droits de l’homme, voire de génocide et de crimes contre l’humanité, comme c’est le cas d’Omar El-Béchir, la Chine devient complice de ces crimes. La Chine (et la Russie) utilise son veto pour bloquer presque systémiquement les sanctions votés contre certains régimes qui commettent des exactions contre leurs peuples. Elle donne de la force à des régimes en mal de légitimité et donc contribue à augmenter la souffrance des Africains victimes des exactions de ces régimes.

Les Africains critiquent plus facilement le néocolonialisme occidental, mais ils n’osent pas critiquer la Chine. Aveuglés par le passé colonial, nous Africains avons toujours tendance à considérer les Occidentaux comme des méchants et ceux qui s’opposent à eux (les Chinois) comme des gentils. Nous accueillons avec bienveillance la Chine comme un pays « ami » pour la simple raison qu’elle s’oppose à la France ou aux Etats-Unis. Nous tôlerons chez la Chine des pratiques qui n’ont rien à envier à la corruption de la fameuse « France-Afrique » ou à tout ce que nous considérons de « néocolonial » chez les Occidentaux. Cette attitude permet de déshabiller Pierre pour habiller Paul, de maudire les colonisateurs occidentaux pour bénir les colonisateurs chinois, au lieu de se battre contre toute forme d’asservissement d’où qu’elle vienne. C’est une grave erreur, et cette complaisance envers la Chine doit cesser si nous voulons construire une Afrique libre et prospère. Et, bien sûr, si nous ne voulons pas faire de l’Afrique une colonie chinoise.

Source TIA

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