L’OMS dans les griffes des lobbyistes ?

À trois jours de la Journée mondiale de la santé, un documentaire ausculte cette agence onusienne de plus en plus dépendante de donateurs privés.

« Qui imaginerait le Conseil de sécurité financé par l’industrie de l’armement ? Pourtant, de grands laboratoires pharmaceutiques contribuent au financement de l’OMS. De même, son principal donateur, la fondation Bill et Melinda Gates, dont on ne peut nier les activités caritatives, constitue par ailleurs l’un des plus grands promoteurs des OGM dans le monde. » La charge est lourde. Elle émane d’une personne qui connaît bien le dossier : Corinne Lepage, ancienne ministre de l’Environnement et présidente du rassemblement citoyen CAP21. Interrogée par les auteurs du documentaire L’OMS : dans les griffes des lobbyistes, diffusé mardi à 20 h 50 sur Arte, l’avocate écologiste plaide pour la mise en place de contrepouvoirs.

Elle n’est ni la première ni la seule. Les auteurs de cette intéressante enquête télévisée se demandent si l’agence onusienne, créée en 1948, peut encore assurer correctement ses missions. Car les chiffres parlent d’eux-mêmes : dans les années 1970, elle était financée à 80 % par les contributions de ses États membres et à 20 % par des donateurs privés. Aujourd’hui, cette proportion est inversée et le tout-puissant Bill Gates donne de plus en plus d’argent. Logiquement, il devrait peser de plus en plus sur les orientations stratégiques et les décisions.

L’argent dicte ce qui est accompli

Pour les années 2016 et 2017, le budget de l’OMS s’élève à 4,4 milliards de dollars, dont 880 millions fournis par les 193 États membres sous forme de cotisations. Le départ de la directrice générale en mai prochain devrait être l’occasion de réformer ce paquebot. Élue en 2006 et reconduite pour un second mandat en 2012, Margaret Chan connaissait bien le problème. Elle a d’ailleurs déclaré le 6 décembre 2012, à son conseil exécutif, que « les pratiques financières actuelles font de l’OMS une organisation fondée sur les ressources et non sur les résultats. L’argent dicte ce qui est accompli. »

De plus, l’organisation est régulièrement stigmatisée pour ses pesanteurs bureaucratiques et son incapacité à réagir rapidement en cas d’épidémie. Cela a notamment été le cas récemment avec celle d’Ebola. L’OMS serait aussi « éloignée des problèmes de santé publique majeurs », comme le regrettait le Pr Didier Raoult dans une chronique, il y a moins d’un mois. Il y a donc urgence à redresser la barre.

Succession

Les trois candidats à la succession de Margaret Chan encore en lice en sont bien conscients. Dans son programme, la Pakistanaise Sania Nishtar précise qu’elle tient à réformer l’agence pour qu’elle regagne la confiance de ses membres. Pour le médecin britannique David Nabarro, le premier objectif sera de satisfaire les exigences du programme de développement durable, le deuxième, de transformer l’OMS pour qu’elle soit plus réactive aux épidémies et aux urgences sanitaires. Il compte également regagner la confiance des États membres et promouvoir les politiques de santé centrées sur la personne. Enfin l’Éthiopien Tedros Adhanom Ghebreyesus défend le principe de la transformation de l’agence afin qu’elle soit plus efficace, mais aussi plus transparente. Il souhaite une OMS indépendante basée sur la science et l’innovation.

Le vote final, qui désignera le successeur de Margaret Chan, aura lieu à l’Assemblée mondiale de la santé en mai. Le nouveau directeur général prendra ses fonctions le 1er juillet 2017.

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