LE CFA EST UN PROBLEME REEL, MAIS MAL POSE

Certaines personnes qui me lisent sont perdues, car tantôt elles voient en moi un pourfendeur du CFA, tantôt, elles voient un défenseur.

En réalité, le CFA est un problème et un problème très sérieux et une entrave pour notre développement. Mais c’est la lecture qui est faite qui est mal orientée.

En effet, si nous restons dans le CFA, nous sommes paralysés, car nous ne disposons d’aucun instrument de régulation monétaire, surtout avec l’extérieur. C’est un peu comme si on enlevait l’accélérateur d’un véhicule.

Mais là où je diverge avec vous, c’est que la solution n’est pas dans une monnaie souveraine, car, compte tenu de notre niveau de développement, elle ne peut jamais être crédible et serait une source permanente de déstabilisation, un peu comme un accélérateur qui marche mal. Nous serons en permanence poussés à utiliser des monnaies-refuges, exactement comme le font le Ghana et surtout le Nigeria dont les hommes d’affaires sont tous obligés d’ouvrir des comptes en CFA, d’une part, pour conserver leur épargne face à leurs monnaies dont la tendance permanente est au délitement, d’autre part, pour mener plus librement des transactions internationales au regard de l’extrême rationnement des devises de leurs Banques Centrales.

On ne peut pas parler de monnaie souveraine quand les opérateurs sont obligés de recourir à de tels expédients.

Quelle conclusion peut-on tirer ? Simplement que c’est le cadre conceptuel qui est défectueux. Ce cadre oppose d’un côté, les monnaies souveraines qui ne sont utiles que pour les pays développées, et de l’autre, des monnaies arrimées qui ont été conçues pour les dépendances coloniales.

Dans ces conditions, ce cadre n’offre pas de solutions pour des pays qui ont encore une économie dépendante de type colonial, mais qui veulent en sortir.

Mon travail, en tant qu’Economiste, a consisté à prouver qu’il faut une autre démarche. J’ai alors prouvé que la bonne solution consiste à utiliser une monnaie souveraine pour sa stabilité, mais en lui greffant une monnaie locale sur laquelle les autorités locales peuvent agir, la ligne de conduite étant que les deux monnaies doivent avoir une valeur identique pour les biens locaux. J’ai alors démontré que non seulement un tel dispositif assure à un pays sous-développé une monnaie ayant un impact réel sur son développement et la possibilité d’une politique monétaire efficace, mais aussi qu’il n’y a pas d’autre dispositif.

Quelles sont les implications de cette analyse ?

1. rester dans le CFA ou en sortir pour une monnaie nationale n’apportera rien au Cameroun, simplement parce qu’aucune de ces solutions n’est binaire ;

2. le meilleur système monétaire du Cameroun est une monnaie nationale binaire composée d’une Monnaie Majeure gagée sur les réserves en devises et le stock d’or, et une Monnaie Mineure formée des Obligations du Trésor ayant cours libératoires sur les biens locaux ;

3. La sortie du CFA relève d’un agenda dont personne ne connaît le terme. Du reste, les dirigeants actuels sont peu fiables. On peut donc utiliser le dispositif mis en place par le CFA pour le binariser.

Cette position est scientifique et participe de nos travaux novateurs sur l’Economie africaine que nous inscrivons dans le cadre de la Cénotique. Bien entend, certains adorateurs de momies occidentales, spécialisés dans la récitation de Balassa et de Schumpeter ou des courbes putty-putty nous demanderont : « Où avez-vous piqué des idées aussi bizarres ! »

Nous leur répondrons que nous n’avons pas piqué, mais nous avons utilisé nos cerveaux pour écrire nous-mêmes, sans avoir besoin d’être soufflé par qui que ce soit, car Dieu nous a aussi donné des cerveaux pour réfléchir et non pour réciter. Et nous regardons tous ceux qui n’ont pas été capables de faire cette analyse ou qui ne sont pas capables de la comprendre comme des moineaux.

Dieudonné ESSOMBA
Président de l’Ecole Africaine de l’Economie Contemporaine
(Institut TCHUNDJANG PUEMI)”

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