12 juin 1987| Centrafrique – Peine de mort pour l’empereur Bokassa

Voilà aujourd’hui 30 ans, jour pour jour que Bokassa 1er le dernier empereur africain a quitté ce monde. Jean-Bedel Bokassa, né le 22 février 1921 à Bobangui. Le , au terme de son second procès, il est reconnu non coupable des charges de cannibalisme mais la peine de mort est confirmée pour les autres charges.

Sa peine est d’abord commuée en prison à vie en février 1988, puis en 10 ans de réclusion. Il est amnistié par André Kolingba en 1993 en tant que dernier acte présidentiel et meurt en 1996 d’un arrêt cardiaque. Il est inhumé dans son ancien palais de Berengo. Il est « réhabilité dans tous ses droits » par le président François Bozizé le 1er décembre 2010, à l’occasion de la fête nationale et du cinquantenaire de la proclamation de l’indépendance de la République centrafricaine.

Jean Bedel Bokassa demeure un sujet mystérieux autour duquel tournent tellement de controverses sans que personne ne soit arrivé à en cerner les tenants et aboutissants ni dévoiler la vraie nature.

Le tombeau de Bokassa dans son ancien palais de Berengo avec une statue représentant l’empereur déchu, en 2008.

Pour les uns, c’était un tyran, fasciste et anthropophage qui ne mérite aucun honneur. Et tellement d’anecdotes corroborent malheureusement ces allégations : Il y’a par exemple le massacre des écoliers du 18 Janvier 1979, les exécutions extrajudiciaires qui étaient légion sous son règne etc.

Tandis que pour d’autres et ceux-ci sont de plus en plus nombreux en RCA Bokassa reste le chef d’état centrafricain qui a réellement construit le Centrafrique.

La quasi-totalité des centrafricains s’accordent à affirmer qu’en dehors de Bokassa tous les autres chefs d’état centrafricains n’ont presque rien fait. Et c’est étrangement vrai. Le pays lui doit pratiquement toutes les grandes institutions nationales. L’unique chaine de télévision nationale, la seule université de Bangui, le stade Omnisport tombé en ruine pour ne citer que cela sont l’œuvre de Bokassa.

Animé d’une ambivalence époustouflante Bokassa regorgeait à la fois de vices et de vertus. Il était capable tant d’actes héroïques que d’étonnantes frasques.

Ce petit état d’Afrique centrale était connu grâce aux ambitions démesurées de cet homme. On pourrait sans risquer de se tromper affirmer que l’histoire du Centrafrique après Boganda a commencé avec l’ère Bokassa. Victime non seulement de son orgueil mais encore de ce que j’appelle « récupération politique ».

Toutes les écoles de Bangui sans exception, aucune adoptent à-présent ce qui avait été  l’origine de la triste histoire du massacre des écoliers de Janvier 1979. Le port d’uniforme obligatoire à l’école aux frais des parents d‘élèves dont Bokassa avait eu l’initiative à l’époque n’était pas une idée mauvaise en soi mais la décision était intervenue à un moment où les salaires étaient mal payés et où le centrafricain avait l’habitude de tout se faire offrir. Il y’a eu les agitateurs, les incitateurs à la révolte, les instigateurs du drame. Sans vouloir excuser le triste massacre, ceux-là l’histoire les a oubliés. Ce qui reste (et à raison) dans les mémoires c’est le nombre des massacrés.

Le concept genre est l’un des débats de l’heure,  cependant il y’a trois décennies à l’arrière Bokassa avait déjà associé la femme à la gestion de la chose public en nommant premier ministre Madame Élisabeth Domitien.

Il est aujourd’hui difficile de se faire un avis tranché sur Jean Bedel Bokassa. A l’heure du bilan des cinquante ans de ce jeune état qu’est le Centrafrique,  les langues devraient se délier, les témoins oculaires qui ont vécu l’époque Bokassa devraient se prononcer pour rétablir toute la lumière sur cette page de l’histoire du Centrafrique et la lumière sur cet homme qui demeure encore aujourd’hui un vrai mystère…

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